Dans le même temps que s’épanouissait l’art gothique, la Renaissance faisait une entrée précoce à Rouen et marquait son architecture au début du XVIe siècle. C’était une nouvelle esthétique urbaine recomposant la cité, initiée par le cardinal Georges d’Amboise, archevêque de Rouen de 1494 à 1510, puis son successeur et neveu Georges II d’Amboise. Sur le terrain officiait un certain Rouland Le Roux, architecte talentueux et prolifique, maître d’œuvre des plus grandes réalisations. Influencés par leurs séjours transalpins, ces hommes, dans la mouvance de la Renaissance italienne, insufflent un esprit nouveau.

A Rouen, en témoignent de nombreux monuments civils comme le Palais de Justice construit à partir de 1499 pour y abriter l’Echiquier de Normandie. Ou bien le Bureau des Finances construit de 1509 à 1511, premier édifice français adoptant un vocabulaire ornemental inspiré de l’Italie (pilastres à candélabres, grotesques, médaillons, putti).

 

Du Drap d’Or jusqu’à Jérusalem

Quant à l’Hôtel de Bourgtheroulde, riche demeure aristocratique, il s’agrémente d’une galerie à l’italienne ornée de bas-reliefs illustrant les Triomphes de Pétrarque et l’entrevue du Camp du Drap d’Or en juin 1520 entre François 1er et Henri VIII.

Symbole du pouvoir communal, le Gros Horloge édifié entre 1527 et 1529 exhibe une arche Renaissance sculptée illustrant la parabole du Bon Pasteur. Plus à l’est, l’Aître Saint-Maclou, créé au moment de la Peste Noire de 1348 pour suppléer au cimetière paroissial devenu trop exigu, est doté à partir de 1526 de galeries aux façades à pans de bois décorées de motifs funèbres dont une danse macabre sculptée sur des colonnes typiquement rouennaises.

Mais en dehors de ces exemples prestigieux qui font le ravissement des touristes, subsistent quelques belles bâtisses particulières plus discrètes, voir confidentielles. On les compte sur les doigts de la main ou presque. Ainsi, la Maison de Jérusalem au n°10 de la rue Etoupée et celle du n°70 de la rue Cauchoise millésimées respectivement 1580 et 1602. Datée de 1581, la façade du n°11 de la rue Percière mérite aussi le détour. Mais la perle est sans conteste la maison de la rue des Carmes entièrement enclavée dans un immeuble banal de la reconstruction d’après-guerre et dont quelques bas-reliefs bien restaurés peuvent être admirés au fond d’un magasin de vêtements. Ils laissent imaginer la magnificence passée de cette demeure confidentielle.

© Daniel Caillet, 2015