Réelle menace ?

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Publié le 14 avril 2017  •  

 

EGLISE SAINT NICAISE DE ROUEN: L’ANTICLOCHEMERLE YVON ROBERT VEUT PASSER À LA DÉMOLITION

On dit que Rouen est  » l’Athènes du genre gothique » (Stendhal) ou qu’elle est la « ville aux cent clochers »… Il risque de lui en manquer un si le maire de Rouen insiste sans que cette évidence lui arrive jusqu’au néo-cortex: n’y a-t-il pas eu assez de destructions dans le patrimoine d’une ville défigurée depuis 1940, 1944 et sa médiocre reconstruction mais qui reste inestimable?

Alors que « l’Athènes normande » (Caen) se prépare à mettre en valeur de façon exceptionnelle le clocher de l’église Saint Pierre et les remparts de son château, alors qu’un impressionnant chantier de restauration de l’ensemble des grands décors de toiture et de la grande flèche Alavoine de la cathédrale de Rouen est en cours, voici qu’on apprend que le maire de Rouen Yvon Robert et ses services techniques commandent une étude qui envisage de raser le clocher en béton de style néo gothique art déco des années 1930 de l’église Saint Nicaise, édifice inscrit dans le paysage urbain de Rouen depuis 500 ans.

Article L’Etoile de Normandie, le webzine de l’Unité Normande du 13 avril 2017 .

 

A Rouen, l’église Saint-Nicaise toujours menacée.

 

Patrimoine. La Ville devra-t-elle détruire le clocher de l’église Saint-Nicaise ? Alors qu’une étude est lancée pour des raisons de sécurité, une association d’habitants se mobilise pour préserver cet édifice atypique.

Avec, côté pile, une façade et un clocher en béton et, côté face, une partie XVI siècle en pierre, Saint-Nicaise ne ressemble à aucune autre église de Rouen. Situé dans un quartier peu touristique, coincé entre le lycée Corneille et le lycée Jeanne-d’Arc, l’édifice est sorti de l’oubli il y a presqu’un an avec l’occupation de militants du mouvement Nuit Debout. « Cette occupation a été une prise de conscience pour nous, se rappelle Bertrand…, habitant du quartier. Nous nous sommes rendu compte qu’il était possible de faire quelque chose de cette église, que nous ne devions pas l’abandonner. Cela nous a stimulés pour créer une association afin de la sauver. »

La sauver car, par une délibération du 9 mars 2015, le conseil municipal a lancé une procédure de désaffection. À l’époque, le maire espérait intéresser des promoteurs immobiliers. Si la construction de logements ne semble plus à l’ordre du jour, l’église, fermée depuis 2002, est toujours menacée. Le cabinet du maire vient en effet de lancer une étude pour alléger l’église de ses cloches. Ces dernières seraient si lourdes – jusqu’à 8 tonnes – et le beffroi qui les supporte tellement fragilisé, qu’elles risqueraient de s’effondrer.

L’église sera-t-elle classée un jour ?

« À ce jour, les services de la Ville établissent un diagnostic du niveau de dégradation du bâtiment, afin de définir les différents scénarii visant à préserver la sécurité des habitants et du voisinage. À ce stade, l’hypothèse du retrait des cloches pour soulager la structure et supprimer ainsi tout risque de chute semble la plus sérieuse », indique le cabinet du maire.

Mais l’église Saint-Nicaise, ce n’est pas la cathédrale, il n’y a pas d’ouverture assez grande dans le clocher en béton armé pour laisser passer les dames de bronze. L’association La Boise, qui s’est constituée l’été dernier, craint donc que la Ville en vienne à détruire purement et simplement le clocher. « Si un pied de la tour Eiffel était fragilisé, on l’amputerait ? Ça n’a pas de sens », bondit Bertrand…. De plus, pour retirer les cloches, il faut une grue. Et vu la conception de la rue, il faudrait empiéter sur le presbytère pour l’installer. « Or il est construit sur les anciens vestiges du cimetière médiéval », poursuit l’association.

Si la situation semble dans l’impasse, c’est que l’église n’est pas classée, juste inscrite à l’inventaire du patrimoine. Le dossier est sur le bureau de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) depuis longtemps. Si elle était classée, Saint-Nicaise pourrait prétendre à une meilleure protection, et sa restauration, qui permettrait de sécuriser l’église et d’envisager sa réouverture au public, bénéficierait de crédits plus importants de l’État. Mais dans l’état actuel des choses, ce serait à la Ville d’assumer, en grande partie, la restauration du monument. Selon une étude réalisée en 2008 à laquelle l’association La Boise a eu accès, le montant des travaux s’élèverait à 2,6 millions d’euros. « Si la mairie a de l’argent pour détruire le clocher, elle pourrait s’en servir pour autre chose »… Pour l’adjoint en charge de la vie associative, est à la fois au contact de La Boise et du cabinet, le dossier n’est ni tout noir ni tout blanc. « Il y a une querelle de chiffres. Il faut attendre le résultat de l’étude. Mais je comprends que le maire en soit arrivé là, s’il y a un accident, c’est lui qui est responsable. Le clocher est tellement fragilisé, on ne sait pas ce qui pourrait arriver… »

La Ville prendra-t-elle la décision de faire tomber la tour de 60 mètres ? Ou cette étude serait-elle un moyen d’alerter la Drac pour qu’elle se penche sur le dossier une bonne fois pour toutes ? Les prochains mois vont être décisifs pour l’église Saint-Nicaise. Elle qui résiste depuis presque 500 ans.

Cours d’orgue et jardin partagé en projet

« Quand on entre dans l’église, on est subjugué. »  …L’association La Boise s’est retroussé les manches, depuis sa création l’été dernier et la dissolution de l’ancienne association du quartier Village Saint-Nicaise en décembre, pour faire connaître ce monument atypique et lui donner une nouvelle vie. « Savez-vous qu’à l’intérieur, il y a des vitraux, non montés, qui proviennent de Saint-Maclou et de Saint-Ouen ? Et que les architectes Pierre Chirol et Émile Gaillard, au XXe siècle, ont envisagé cette église comme un manifeste d’architecture ? »,…. On n’a pas assez pris en compte le caractère exceptionnel de ce patrimoine. Voilà pourquoi on en est arrivé là. »

Si l’association veut sauver l’église, ce n’est pas uniquement pour ses sculptures de saints en béton, curieux pour le XXe siècle, ou son chœur haut de 30 mètres, tout aussi original. « Nous avons plein de projets pour faire vivre cette église,. Elle pourrait servir aux associations. Le conservatoire serait intéressé pour y donner des cours d’orgue. Ça pourrait même devenir une salle de concert, avec une accessibilité meilleure que dans la chapelle Corneille ! Et dans le clos du presbytère, il y a moyen d’y aménager un jardin partagé. »

Autour de l’église, c’est tout le quartier que La Boise veut faire vivre. Les habitants ont commencé par s’associer à Fil vert afin d’installer des jardinières le long du mur du presbytère. Les adhérents ont aussi dans les cartons le projet de créer un parcours cinématographique dans le quartier, puisque c’est ici que fut tourné Le mystère de Paris (1962) avec Jean Marais. « Sans jamais montrer l’église, puisque c’était censé se dérouler à Paris ! »

Et La Boise ne demande qu’à se nourrir de nouvelles idées.

 

 

Article Paris Normandie du 12 avril 2017.

 

© Daniel Caillet, 2017

 

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