Ce n’est pas une fontaine, mais l’un des trop rares points d’eau de la ville si l’on excepte ceux du Jardin des Plantes et du parc Grammont, autres poumons verts importants. Il est vrai que l’endroit bénéficie d’une situation privilégiée à proximité de l’ancienne Renelle des tanneurs alimentée par la source Gaalor, tout comme la fontaine du Bailliage qui dispensait le divin breuvage dès 1455. Voilà un ensemble rafraîchissant harmonieux que l’on doit à l’architecte Georges Bourienne qui avait aussi réalisé dans ce square inauguré le 5 septembre 1863 (Jardin Solférino à l’époque pour commémorer la victoire de Napoléon III sur les Autrichiens, 4 ans plus tôt.), le monument des Frères Bérat édifié en 1905. Le nom de Charles Verdrel, maire mégalomane de 1858 à 1868, le « baron Haussmann rouennais », ne fut associé au site qu’en 1926. Les rochers de la cascade proviennent de la propriété de Mme de Lux à Incarville et l’on envisageait à l’époque d’y installer la statue de Rollon au sommet. Mais une polémique de presse survient alors entre les partisans et les opposants à cette initiative. Mr Beaucantin, inspecteur des promenades publiques et opposé à la « solution Solférino », déclare dans le Nouvelliste que le choix est plutôt malheureux et que c’est un non-sens et un anachronisme que de placer un guerrier du Xe siècle au milieu d’un jardin moderne sur un enrochement.

Le conseil municipal se divise sur le sujet et pour clore les débats, une commission municipale se réunit le 2 septembre 1864 afin de délibérer sur l’emplacement de la statue. Finalement tous s’accordent pour l’installer dans le jardin de l’Hôtel de Ville.

 

Problèmes en cascade

Le bassin était alimenté à l’origine par la source Gaalor grâce à une machine à vapeur astucieusement dissimulée derrière les rochers. Mais le système complexe cessera de fonctionner en 1876. Un nouveau type d’alimentation la remplace en 1901 mettant un terme aux ennuis techniques répétés et aux problèmes de voisinage. Dès lors, l’eau de la source Gaalor rejoint directement la Seine via les égouts. Comme pourraient nous le faire croire les gracieux volatiles locataires de la pièce d’eau, est-ce un « cygne d’étang ? ».

 

© Daniel Caillet, 2015