En Seine-Maritime, un recensement rapide a permis de découvrir quatre clochers tors.

Si vous pensez que la liste est incomplète, n’hésitez pas à me le signaler.

 

Angiens : tour carrée surmontée d’une flèche courte tournant de gauche à droite de 1/8 e de tour environ dans sa moitié inférieure.

 

Auppegard : église Saint-Pierre du XVI e siècle, classée Monument Historique en 1926.

 

Bures-en-Bray : église Saint-Aignan. Clocher restauré en 2000 dont la hauteur totale atteint 60 m. Torsion de la flèche couverte d’ardoises de gauche à droite de 1/8 e de tour.

 

Offranville : église Saint-Ouen. Flèche octogonale tordue de 1/8 e de tour. Torsion sans doute due à l’absence de croix de Saint-André dans la charpente.

 

Le clocher d’une église se compose le plus souvent d’une tour carrée en pierre sur laquelle repose une pyramide coiffée d’une flèche. Un clocher « tors » ou clocher « flammé » est un clocher où la flèche est en spirale, souvent couverte d’ardoises. Il y a environ une centaine de clochers de ce type en Europe.

Deux hypothèses s’affrontent quant à l’origine de la torsion :

– Les uns sont les clochers construits tors, pour réaliser une prouesse architecturale. On peut citer ceux de Mouliherne et de Fontaine-Guérin en Maine-et-Loire, de Treignac  en Corrèze ou de Saint-Outrille dans le Cher.

 

 

Compagnons du Devoir à Nantes

 

On peut aussi citer celui de la maison des Compagnons du Devoir à Nantes qui est une véritable œuvre d’art, un chef-d’œuvre compagnonnique. Une maquette en explique la construction à l’intérieur du bâtiment. En Allemagne, le toit d’une porte de ville de Duderstadt était déjà tors au XV e siècle, et tourne de droite à gauche.

– D’autres le sont devenus au cours du temps, comme au village de Fougeré en Maine-et-Loire, qui a subi quatre tornades reconnues catastrophes naturelles en 40 ans.

Certains architectes comme Viollet-le-Duc pensent qu’ils sont devenus hélicoïdaux à la suite d’un mauvais séchage du bois. Il est en effet prouvé que la charpente de certains clochers en vieillissant a bougé.

Le bois travaille presque toujours, son sens de rotation naturel étant de la gauche vers la droite. Dans un clocher, il suffit qu’il y ait une rotation d’un vingtième de degré à la base du poinçon, la pièce centrale et maitresse de la charpente, pour que celle-ci atteigne un huitième de tour (45°) au sommet, entrainant une torsion de l’ensemble de la charpente. Au fur et à mesure des années, avec le renouvellement des toitures, le défaut s’embellit. La torsion du clocher de l’église Notre-Dame à Puiseaux dans le Loiret est due à un mauvais séchage du bois. Mais cette hypothèse semble invraisemblable, car la torsion de tous les morceaux de bois au même moment, dans le même sens, en gardant une symétrie parfaite est presque impossible. De plus la distance entre la base du clocher et le haut réduit, les tuiles devraient alors se briser, ce qui n’est pas le cas. La torsion du clocher ne devrait pas s’être arrêtée. Certains disent que ce clocher a été construit ainsi, les constructeurs auraient fait ceci pour montrer leur savoir, mais n’auraient pas transmis le secret […]

Le poids de la couverture, quand il est trop élevé, peut aussi éventuellement faire ployer la base de la structure, provoquant un affaissement de la charpente et la vrille du clocher, c’est le cas de celui de Chesterfield en Angleterre, qui est couvert de plaques de plomb.

De nos jours, c’est une épreuve que l’on fait passer aux apprentis charpentiers des compagnons du tour de France, de construire une maquette avec un clocherhélicoïdal  […]

Les clochers octogonaux en bois sont constitués :

  • d’un poinçon, une poutre verticale au centre de la pyramide. C’est la pièce maitresse de l’édifice. C’est sur elle que repose le poids de la charpente.
  • de différentes moises. Une moise est une pièce de bois que l’on retrouve à plusieurs niveaux de la flèche. Elle est fixée entre chaque face de la toiture et le poinçon, et permet ainsi de consolider l’ensemble de la charpente.
  • de croisillons, pièces de bois en forme de croix placées entre deux niveaux de bois, pour empêcher ceux-ci de travailler, de vriller et donc de s’effondrer.

Un croisillon a le maximum d’efficacité lorsque son angle est de 45°. Or dans les clochers octogonaux, les croisillons de la pyramide ont un angle qui peut être supérieur à 45°. Les clochers octogonaux ont donc plus de chance de devenir tors […]

Le clocher repose sur le poinçon, toute la science du charpentier étant de savoir répartir le poids de la couverture sur la maçonnerie ou la tour en pierre qui le supporte.

Le poinçon repose lui sur deux poutres encastrées en croix selon la technique du mi-bois. Ces deux poutres reposent sur la maçonnerie. Cet encastrement, en ôtant à chacune des deux poutres une partie de leur épaisseur, provoque un point de fragilité.

Celles-ci peuvent donc ployer sous le poids, entrainant l’affaissement de la charpente, et la vrille du clocher, car les côtés étant à présent trop longs pour le poinçon, ils se vrillent pour compenser.

Mais cette vrille ne se produit que lorsque le poids de la couverture est trop élevé. Cela arrive parfois lors d’un remplacement de toiture.

Parfois les couvreurs utilisent des matériaux différents de ceux prévus à l’origine. Cela est vraisemblablement le cas du clocher de Chesterfield, dont la toiture en mélèze, recouverte de feuilles de plomb, pèse 50 tonnes, la charpente s’est affaissée en tournant.

 

© Daniel Caillet, 2015