L’abbaye de Saint Amand constituait autrefois un grand ensemble de bâtiments à l’emplacement de l’actuelle rue de la République, près de la place Saint Amand. Démembré en 1853 quand la rue fut ouverte, ses éléments connus grâce à des descriptions et des gravures, ont connu des parcours différents.

La façade en bois de la cour intérieure a été remontée dans l’Ile St Louis à Paris, avant son retour à Rouen où elle est entreposée dans une réserve. Dommage et sans commentaires.

Par contre, la maison au n°75-77 (ex. n°49) de la rue Bouquet mérite une attention particulière. Elle a été construite par Grimaud, l’entrepreneur de démolition de l’abbaye sous Napoléon III. Certains éléments ont été incorporés vers 1860, d’où son style particulier, et elle a l’insigne honneur d’héberger la tourelle du monument disparu.

 

Une pure merveille bien cachée

Celle-ci, d’une grande beauté, a été remontée pierre par pierre avec ses statuettes en haut relief et elle est inscrite sur la liste des Monuments Historiques.

Elle était placée à l’origine dans une cour de l’abbaye et elle comprenait trois niveaux. Si les deux du bas, en pierre, ont été sauvegardés, du dernier étage de bois, il ne reste rien.

Des gravures anciennes la représentent quelque peu stylisée et des photos du vestige actuel sont en bonne place dans des ouvrages sur Rouen.

La richesse de sa décoration est étonnante. On y trouve les armoiries d’un pape certainement « guerrier » et de Guillemette d’Assy (abbesse de 1517 à 1530), des statuettes, des bas-reliefs, des têtes de mort et de la décoration figurative d’éléments d’architecture.

A l’intérieur des panneaux de boiserie peints à la main et de style Renaissance ornaient la chambre de l’abbesse, alors que la cheminée monumentale décorait le salon du premier étage de la maison. Ils ont été démontés et vendus aux enchères.

Faisant jouer leur droit de préemption, les Musées de France les ont acquis au prix du dernier enchérisseur… un certain baron BIC. On peut les admirer aujourd’hui au Musée de la Céramique, dans un petit salon près de l’entrée.

Hormis la tourelle, il reste encore le parquet de la chambre de l’abbesse. Marqueté en chêne, citronnier et ébène dans le salon du rez-de-chaussée, il daterait des dernières années de l’abbaye selon les experts.

© Daniel Caillet, 2015