Le précurseur

L’Alhambra, place de la République est construit en 1906, dans le plus pur style Art Nouveau alors en vogue. Sa carrière sera courte et mouvementée. Déjà en 1907, l’ »Impérial Cinéma » connaissait un incendie dans la cabine de l’opérateur lors d’un essai du « National Bioscope » (l’un des premiers noms du cinématographe). L’année suivante, le caissier est condamné pour détournement, juste avant la faillite et la fuite du directeur. La société Omnia succède en 1910 et gère une salle de 1650 fauteuils faisant une petite place au cinéma naissant, entre pièces de théâtre et revues. Les actualités étaient alors très appréciées comme en témoigne les affiches anciennes. « La traversée de la Manche en aéroplane » par Blériot en est un exemple. L’établissement résiste aux affres de la guerre malgré des toits éventrés en juillet 1940. Il sera malheureusement détruit après la Libération pour être reconstruit et ré-ouvert fin 1952 avec « La minute de vérité » de Jean Delanoy. Parmi les spectateurs, quelques têtes d’affiche dont Jean Marais, Micheline Presle et Michel Simon. En février 1973, c’est le dernier changement notable et l’on peut lire sur la façade « Adieu l’Omnia / Vive les 4 Gaumont ».

 

La dernière séance

Parmi toutes les salles de quartier et de banlieue victimes des nouvelles technologies, notamment de la concurrence de la télévision, mais aussi d’une façon de vivre radicalement différente, on peut notamment citer : le Ciné-Palace Opéra, 8 rue de la Savonnerie, ouvert en 1935 à côté du Royal Dancing ; le Ciné Perfecta – Gaumont créé vers 1910 au Cirque ; l’Eden 42 rue Jeanne d’Arc, reconstruit et ré-ouvert en 1952, suivi de l’Eden II ouvert fin 1971 ; le Renaissance, la « Renaisse » pour ses amoureux, 95 rue St Hilaire, inauguré en 1915. Ré-ouvert en 1960 sous le nom de « Vox », il ferme et est démoli en 1975; l’Olympia 20 rue St Sever, construit juste avant 1914 au pied du viaduc du chemin de fer. On y passe en 1924 « le fantôme de l’Opéra » d’après le roman de Gaston Leroux. Il est détruit par un obus incendiaire en juin 1940 et reconstruit en 1955; le Normandy, rue Ecuyère, créé en 1935. Il échappe aux bombes, est restauré à partir de 1955 et ferme en 1973… une liste interminable car entre 1958 à 1984, c’est plus de 30 salles qui disparaissent.

 

Image à la Une : Le « Trianon » de Sotteville.

© Daniel Caillet, 2017