C’était le bon temps, la « Belle Epoque ». Près du Théâtre des Arts, les Rouennais avaient l’embarras du choix pour leurs promenades dominicales. Mais où allaient-ils donc ? En Provence souvent, ou plutôt sur la « Petite Provence » le long du fleuve, bien avant que les quais ne soient surélevés. Sur le Cours Boïeldieu, la « plus belle terrasse de France » du Grand Café Victor les accueillait sous sa longue et remarquable marquise due à Ferdinand Marrou. « Le Victor » changea de décor vers 1930, adoptant la mode Art Déco. Déjà incendiée en juin 1940, sa terrasse sera anéantie lors de la Semaine Rouge d’avril 1944.

 

Une clientèle célèbre et éclectique

A deux pas, la brasserie de la Bourse et celle de l’Opéra, de style Art Nouveau faisaient aussi recette. Dès l’origine, la seconde bénéficia de l’éclairage électrique tout nouveau. La brasserie Paul rue Grand Pont était particulièrement bien équipée avec une salle de billards et une piste de bowling. De grands noms ont fréquenté ce Quartier Général, comme Apollinaire, ou Marcel Duchamp.

Dans « La Force de l’âge », Simone de Beauvoir raconte : « … je déjeunais à la brasserie Paul… C’était un long corridor, aux murs recouverts de glaces écaillées; les banquettes de moleskine cachaient leur crin… des hommes jouaient au billard et au bridge. Les garçons s’habillaient à l’ancienne, en noir, avec des tabliers blancs; il y avait peu de clients parce qu’on mangeait mal. Le silence, la nonchalance du service, l’antique lumière jaunie me plaisaient… Je m’y installais en sortant du lycée… et j’écrivais. » Elle reste aujourd’hui, la plus ancienne brasserie rouennaise en activité.

Le matin, en regardant Jean-Paul Sartre s’entraînant au yo-yo, Simone prenait son petit déjeuner au « Métropole », place de la gare. Créé en 1930 dans un pur style Art Déco et devenu célèbre, il est classé Monument Historique.

Eurent aussi leurs heures de gloire, la brasserie de l’Epoque avec ses 15 billards, transformé en foyer allemand lors de la dernière guerre, le Nico Bar, qui était ouvert 24 heures sur 24 pour le plus grand bonheur des noctambules, et rue du Gros Horloge, le salon de thé Périer, autre établissement de style Art Déco qui connut un beau succès.

 

© Daniel Caillet, 2017