Après la période de froid inhabituelle que Rouen vient de connaître, souvenons-nous qu’il y a un siècle, la ville était sous les eaux. Une première série de pluies du 18 au 21 janvier 1910 faisait gonfler la Seine et ses affluents avec un pic mémorable et désastreux le 28 du mois. Si pour une partie de la population, ce fut d’abord un spectacle grandiose, pour beaucoup d’autres, les conséquences ont été catastrophiques. Un port paralysé et des milliers de personnes sans travail et sans allocations chômage, sans oublier le bilan humain fort heureusement limité puisqu’on ne dénombra que 5 morts pour toute la région concernée.

 

Ville d’eaux involontaire

Nombreuses sont les photos montrant notamment le Cours La Reine, le bas de l’avenue Pasteur ou la rue centrale de l’île Lacroix inondés. C’est là que le Château Baubet, le « Tivoli Normand » de la Belle Epoque créé en 1848 – qui fut longtemps le lieu le plus couru de la ville avec des fêtes fastueuses données dans une salle à la décoration foisonnante – connaîtra ses derniers instants suite à des dégâts considérables. Les quais étaient évidemment en première ligne avec une vision cocasse, celle de la statue de Louis Brune les pieds dans l’eau. Un comble pour ce rouennais héroïque né en 1807 qui sauva 63 personnes de la noyade dans la Seine à partir de 1823. Son dernier sauvetage en sautant du pont Boïeldieu, aura été le saut de la mort le 25 décembre 1843.

Mais si l’inondation de 1910 fut celle du siècle, d’autres l’avaient précédée comme en témoignent quelques marques de crues ici et là. Ainsi, la chapelle Grammont ne sera pas épargnée et l’eau montera même jusqu’à son autel, évènement relaté par une inscription et un repère sur le mur nord : « L’an mil six cent cinquante-huit… Par un débordement insigne… La Seine débordant de son lict… Parut jusque sur cette ligne. »  De même, la chapelle des Augustins, aujourd’hui disparue, connut la montée des eaux comme en témoignait cette inscription à 1 m 60 du sol : « La grosse eau du 28 déc. 1740 ».

Quant à l’inondation à Port-Marly en1876, immortalisée par Alfred Sisley, elle reste une belle œuvre à admirer au Musée des Beaux-Arts… les pieds au sec.