C’était autrefois un « type curieux de l’architecture domestique ». Georges Dubosc avait repéré 14 petites loggias dressées aux sommets de maisons rouennaises. Percées d’ouvertures, on venait autrefois respirer dans ces drôles et sympathiques petites constructions, un air plus frais qu’au niveau de la chaussée à une époque où pourtant on ne parlait pas encore de pollution ni de réchauffement climatique. De là, des vues imprenables s’offraient et on pouvait admirer ou surveiller les alentours. De ce genre de « bellevédaire estant au-dessus de l’escalier » il reste un bel exemple, rare et confidentiel, invisible de la voie publique et connu seulement d’une poignée de privilégiés amateurs d’insolite. Au n°146 de la rue du Gros-Horloge, vous l’avez peut-être découvert lors d’un récent reportage télévisé consacré au petit patrimoine rouennais. Installé en fond de cour d’une maison à pans de bois du milieu du 16 e siècle, on y montait par un petit escalier à vis. Ses dimensions sont modestes, 2,10 m de diamètre pour 2,16 m de haut, ce qui le distingue d’une extension d’habitation avec laquelle on le confond souvent. * A l’inverse, tous les autres oriols peuvent être directement aperçus de la rue. C’est le cas notamment de celui du n°8 de la rue François Lamy que le propriétaire, armateur rouennais, utilisait pour surveiller les mouvements de ses navires dans le port.

 

Savoir être tête en l’air

De la liste initiale de Dubosc, 5 seulement subsistent mais d’autres ont pu être identifiés depuis. A l’exception de l’oriol de la rue Saint Julien (ancienne Ecole Normale de garçons), tous sont sur le domaine privé. Le seul à bénéficier de la distinction de Monument Historique est situé rue de l’Hôpital au sommet de l’Hôtel Jubert de Brécourt.

A qui sait lever les yeux, d’autres oriols s’offrent au regard. Ceux de l’Hôtel de Girancourt au n°48 de la rue St Patrice, du n°10 de la rue St Jacques ou du n°156 de la place Henri IV agrémenté de deux cadrans d’horloge, un rond côté place et un carré à l’opposé.

A vous d’être curieux pour découvrir ceux qui n’ont pas été cités ou même d’en édifier un sur votre habitation. C’est ce qui fut fait vers 1960 au n°147 du boulevard de l’Yser, oriol le plus récent connu à ce jour.

* Si vous pensiez pouvoir l’admirer, c’est trop tard. Lors de travaux en 2014, il a été complètement détruit. Mais Daniel Caillet a heureusement pu en conserver la mémoire en le photographiant sous toutes les coutures.

 

 

© Daniel Caillet, 2018