Rouen et ses lettres de noblesse.

 

 

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre.

 

 

Bien avant « Rn’bi » et le festival « Normandie Bulle » de la bande dessinée de Darnétal, il est juste de rappeler que  notre littérature locale s’est d’abord élaborée en normand. Le plus ancien texte littéraire français, la Chanson de Roland , à la fois poème épique et chanson de geste de la fin du XI e siècle, est en anglo-normand. Une intense activité littéraire a fait de la région le berceau de nombre de grands écrivains français, depuis le rhétoriqueur Jean Marot jusqu’aux grands auteurs romantiques du XIX e siècle. Une liste non exhaustive pour ne vexer personne parmi tous ces personnages illustres qui ont marqué la grande et la petite histoire de la cité.

A tout seigneur… Pierre Corneille, alias le « Grand Corneille » et son frère cadet Thomas, mais aussi le neveu des précédents, un certain Bernard le Bouyer de Fontenelle, un presque centenaire comme en témoigne la plaque sur sa maison natale de la rue des Bons Enfants. Tout aussi célèbres dans la sphère locale, le réaliste Gustave Flaubert, immortel auteur de Madame Bovary, qui monte au créneau au sujet de la flèche et la Cathédrale en dénonçant une « tentative extravagante de quelque chaudronnier en folie ». Même son de cloche pour Guy de Maupassant devant cette « surprenante aiguille de bronze laide, étrange, démesurée ». Eugène Noël (« Le Père Labêche », qui était autant journaliste qu’écrivain) quant à lui, est plus mesuré et poétique pour ce « chemin de fer vers le ciel ». Pour Victor Hugo, Rouen est avant tout « la ville aux cent clochers carillonnant dans l’air ». Doté d’une imagination fertile et débordante, Maurice Leblanc, suivit de brillantes études au lycée Corneille en rêvant de rencontrer ses idoles, Flaubert et Maupassant. Le buste de l’auteur de « Boule de suif » est installé sous les frondaisons du square Verdrel (square Solférino à l’époque) à quelques dizaines de mètres de l’ancien logis du père d’Arsène Lupin.

N’oublions pas les professeurs. A Rouen, Alain, de son vrai nom Emile-Auguste Chartier avait un appartement au N° 140 de la rue des Bons-Enfants, à un kilomètre environ du lycée Corneille où il allait à pied. En 1900, il aura comme élève un certain André Maurois. Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, tous deux professeurs de philosophie, l’une à Rouen au lycée Jeanne d’Arc et l’autre au Havre, se retrouvaient pour partager davantage qu’un petit noir dans le décor Art-Déco du « Métropole », le premier café existentialiste rouennais, entre 1932 et 1936. Quant à Camille Cé, il enseignait l’anglais au lycée Corneille. André Gide qui épousa Madeleine Rondeaux, sa cousine rouennaise en 1895, nous confie que « Selon des habitudes immuables, le jour de l’an se passait à Rouen … ».

Loin du centre ville, montant vers le cimetière Monumental où il est enterré, une rue rend hommage au « poète clochard » Francis Yard avec une modeste plaque sur la maison du N° 19  qui rappelle son passage sur sa chère terre normande.

Pierre Mac Orlan  habitait un petit appartement de la rue des Charrettes autant connu pour son travail au journal Le Petit Rouennais que pour ses sorties nocturnes dans les bars à matelots.

Paul Toutain, plus connu sous le nom de Jean Revel, qui avait la charge d’une étude notariale à Rouen durant la journée, écrivait la nuit. Sans oublier Jules Barbey d’Aurevilly, le « Connétable des lettres », Marc-Antoine Girard, sieur de Saint-Amant qui était un poète libertin, Georges Dubosc le peintre journaliste, et enfin Emile Verhaeren, poète belge connu à Rouen pour sa fin tragique en 1916 lorsqu’après une conférence, il était bousculé à la gare sous un train en partance.

 

Georges Dubosc.

 

Emile Verhaeren.

 

© Daniel Caillet, 2015