On a bien du mal à imaginer ce qu’elle a de royal. Quelques places de parking derrière le « Front de Seine », voilà ce que les bâtisseurs du 20e siècle laisseront à la postérité. Mais pourquoi ce nom ? En fait, ce n’est pas suite au passage du bon roi Henri, mais grâce à sa statue ornant une fontaine construite en 1559 et représentant à l’antique le roi de France et de Navarre. Henri IV, tel Hercule, apparaissait muni d’une massue et drapé dans une peau de lion. Le thème d’Hercule terrassant l’hydre de Lerne, populaire à la Renaissance, est repris alors à son compte par le monarque pour symboliser sa victoire sur la ligue catholique. La statue est remplacée en 1782 par une autre plus classique, représentant le roi sur un bouclier. Elle sera emportée par la fureur révolutionnaire le 5 octobre 1792 et en 1794 la place devient place du Vieux- Palais. En 1814, elle prend sa dénomination actuelle.

En la débaptisant, les révolutionnaires mettaient en évidence une autre origine royale de l’endroit. Vieux-Palais ou Palais du Roi, c’est en effet sous ce nom qu’apparait la place dès 1422, référence à Henri V, roi d’Angleterre. C’est à cet emplacement qu’il construit son Palais Royal à partir de 1419 pour asseoir le pouvoir anglais après la conquête. Tout comme Philippe Auguste en 1204 avec le château Bouvreuil, c’est dans la pierre que l’occupant marque sa domination. Fin des travaux en 1448 sous Henri VI, l’année suivante Charles VII reprend la ville… et le château aux anglais.

 

Le Vert Galant exilé

La révolution sera fatale au vieux palais et à la statue, effaçant tout signe de royauté. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, tout le quartier était ouvert vers le fleuve, à l’image du fameux Hôtel de Londres au débouché de la rue des Charrettes. Les ravages du conflit ne sauraient être invoqués, puisque c’est seulement après, et jusqu’en 1970, que la partie sud de la place sera « réhabilitée ». Seul l’Hôtel Elie-Lefevre échappa au massacre ainsi que quelques façades à pans de bois décrépites sur le côté est.

Une place qui n’a donc plus rien de royal ? Pas si sûr, car bien que remplacée en 1782, la statue d’Henri IV existe toujours. Elle orne aujourd’hui la pelouse du château des Deux-Lions à Canteleu. Alors à quand un retour royal à Rouen ?