« Régénération » et « République » ont été momentanément les appellations de cette place qui se distinguait du Neuf-Marché, place Foch de nos jours.

Traversée par l’antique voie romaine Rouen-Lillebonne, il faut, même avec un œil expert, savoir démêler le vrai du faux, tant la mise en scène mélange authenticité, pastiche, façadisme et même une certaine incohérence historique.

Le vrai, on le doit aux fouilles effectuées de 1970 à 1976 qui ont permis de situer précisément la base du pilori et les vestiges de l’ancienne église Saint Sauveur rasée en 1795. Du vrai aussi pour les maisons à pans de bois côté nord, la belle maison d’angle rue Rollon, métamorphosée après son déplâtrage, et l’Hôtel Turgot – Legendre du 17e siècle, parfaitement restauré.

Presque du vrai, le Musée Jeanne d’Arc conçu par Roger Parment et inauguré en 1955, faisant suite à son homologue de la rue de Crosne ouvert deux ans auparavant.

Le façadisme lui, est flagrant côté ouest, après la démolition de belles maisons dont celle où Thomas Corneille naquit. On y retrouve pêle-mêle et pour le plus grand bonheur des touristes peu avertis, de gauche à droite, une façade transplantée de la rue Orbe, une autre Louis XV de la rue Eau de Robec et celle de la quincaillerie Sauvé, autrefois rue Saint Vivien. Toutes ont été démontées et replacées avec un évident souci d’esthétique mais assez maladroitement.

Incohérence encore avec le remontage de la maison dite « à la Pâquerette » jadis à l’angle des rues des Charettes et Harenguerie, redéployée et rehaussée bizarrement d’un seul côté.

Elle a pris la place du Théâtre Français, un ancien jeu de paume appelé aussi « salle des Eperlans » en raison de la proximité de la Halle aux poissons. Le Tout Rouen y courait, mais le bombardement du 19 Avril 1944 lui fut fatal, épargnant néanmoins les 1200 spectateurs rassemblés juste avant.

Et que dire de « La plus Vieille Auberge de France » ou Hôtel de la Couronne qui n’a retrouvé une façade gothique qu’en 1927. Elle est posée sur le seul élément d’époque, de belles caves il est vrai. Construction pastiche par excellence, avec son pendant, l’ex-« Ecu de France », un peu plus loin, réservé au personnel.

Les amateurs de patchwork apprécieront sûrement, mais certainement pas les puristes.