C’était le « boule vert ». Peut-être y jouait-on aux boules ? Toujours est-il que la version anglaise « bowling green » a été adaptée et est devenue rapidement le « boulingrin ».

Créée en 1778, il a accueilli d’abord le marché aux chevaux devenu trop à l’étroit place de la Rougemare où il se tenait jadis. La place était alors « La Nouvelle Rougemare ».

Une place devenue multi usages au fil des années qui accueillit tout d’abord le premier cirque de Théodore Rancy en 1881. Le cinéma Perfecta-Gaumont y connut ses heures de gloire dans les années 1910 et la foire de Rouen y fit une courte apparition. Une partie d’échecs vivants s’y déroula en 1928. Tout le quartier est gravement touché par les bombardements de la RAF, mais sans gêner l’exploitation alternative des lieux par les troupes de cirque. La salle devient une grande scène lyrique entre 1948 et 1962, et meetings politiques et matchs de catch s’y succèdent. Se produisent Duke Ellington, Roberto Benzi, le chef d’orchestre prodige de 14 ans et Louis Armstrong dans les années 50, puis quelques groupes de rock rouennais comme les « Rapaces » ou les « Météores » dans les années 60. Le cirque sera occupé par les étudiants lors des évènements de 1968 et une séance gratuite du « Mécano de la Générale » y sera alors projetée.

Mais c’est presque le chant du cygne, à une période où les règles de sécurité deviennent draconiennes. Fermé en avril 1973, le cirque est très vite démoli dès le mois de septembre suivant.

Disparaissait en même temps la Grande Brasserie du Cirque et l’âme de la place. La page était définitivement tournée et le seul regain d’activité sera apporté par la foire Saint Romain jusqu’en 1982.

 

© Daniel Caillet, 2015