Sur ce lieu jadis immense et désert, se trouvait un couvent qui fut l’un des premiers de la ville.

En des temps où régnait une insécurité quasi permanente, les religieuses cloîtrées ne pouvaient plus jamais en sortir. Elles étaient de fait emmurées, après être entrées dans ses hautes murailles destinés à protéger la communauté.

Le couvent existait déjà vers 950 et les Emmurées de l’Ordre de Saint Dominique s’étaient installées vers 1260 dans le manoir archiépiscopal Saint Mathieu des frères Prêcheurs (dominicains) qui venaient de traverser le fleuve. Désaffecté à la Révolution, il sera démoli et le marché aux bestiaux construit sur cet emplacement fut inauguré en 1856 avant d’être transféré rue de Lessard vers 1895. En 1910 une halle rotonde octogonale abrite les marchands de denrées alimentaires, fruits et légumes notamment.

A cette époque ou l’écologie n’était pas un maître mot comme aujourd’hui, on pouvait à proximité immédiate de la place, voir monter et descendre la cuve mobile de l’usine à gaz créée en 1834 par Mrs Pauwels et Visinet.

Dans les années 30 une nouvelle halle est édifiée qui sera démontée en 1978 pour céder la place à un parking pour 278 véhicules sur 3 niveaux avec un marché couvert toujours existant. Malgré ce bloc de béton sans caractère ni fioritures, la place reste toujours animée et très fréquentée alternativement par les ménagères et les chineurs.

Trois colonnes de métal des anciennes halles de Baltard remontées côté rue Saint Sever tentent de rappeler le passé de ce quartier qui a su indirectement rester fidèle à sa vocation. Car désormais, ce sont nos sacro saintes automobiles qui restent ici emmurées. Rançon du progrès, elles bénéficient, malheureusement diront certains, d’autorisations de sortie que n’avaient pas les religieuses d’antan.