Longtemps, on a cru que Jeanne d’Arc avait été brûlée ici, méprise due à l’existence d’une fontaine édifiée en 1755 en son honneur. Celle-ci a disparu en 1944, mais le souvenir de la Pucelle d’Orléans demeure.

Gontran Pailhès écrit : « Sur la place de la Pucelle, la fontaine de Slödtz, touchée de plein fouet, est réduite en poussière. A sa place, il n’y a plus qu’un vaste entonnoir sur lequel un fonctionnaire zélé, viendra déposer la pancarte de rigueur Monument historique ».

Sur cette petite place intéressante à bien des égards, un édifice remarquable attire le regard par sa magnificence. Guillaume II le Roux, seigneur de Bourgtheroulde, décide à la fin du XVe siècle la construction d’un hôtel en pierre digne de lui. Après sa mort en 1520, Guillaume III, son fils, embellira l’hôtel et l’aile nord sera reconstruite au XVIIIe siècle après un incendie.

On peut admirer sur la façade la fameuse salamandre, emblème de François Ier.

La galerie d’Aumale comporte six baies Renaissance en anse de panier au-dessus d’un soubassement à deux niveaux orné d’un décor sculpté de qualité. Guillaume III y a fait représenter la fastueuse entrevue du Camp du Drap d’Or. On peut voir François Ier et Henri VIII d’Angleterre se saluant devant un long cortège de dignitaires. Plus haut d’autres bas – reliefs illustrent le poème allégorique des Triomphes de Pétrarque.

Délaissé par la banque qui l’occupait, cet admirable hôtel Renaissance va être transformé en hôtel de grand standing, un moindre mal si l’accès à la cour intérieure est maintenu pour les visiteurs de la cité.

Côté sud, une fontaine gallo-romaine (II-IIIe siècle), découverte en 1994, est mise en valeur dans l’entrée d’un immeuble.

On remarque aussi trois beaux porches en pierre délicatement ouvragés et quelques belles maisons à pans de bois dont celle au n°4, la première à Rouen à avoir été restaurée dans les années 60. Pour le côté anecdotique, une ancienne publicité murale peinte « Beurre, Œufs, Fromages » a été sauvegardée, rappelant une époque révolue.

Agréable à vivre, la place a pourtant été complètement défigurée après la guerre avec l’installation de baraquements provisoires, puis plus tard avec la construction d’un hideux parking à étages. On envisagea même dans les années 50 d’y édifier le Théâtre des Arts.