Nous ne remercierons jamais assez Pierre Corneille qui a jugé bon de naitre le 6 juin 1606, date facile à retenir s’il en est. Et il a choisi le n°4 de la rue de la Pie pour cet heureux évènement. Célèbre par la plume, le dramaturge au nom d’oiseau, aura donc été sans le vouloir, d’une logique absolue.

Dans cette minuscule rue dont le nom semble venir de l’enseigne de l’ »Hôtel de la Pie », serpentait autrefois un ruisseau au milieu de pittoresques maisons à pignons, dont celle de Pierre Corneille.

Retraçons un peu l’histoire de cette demeure devenue musée en hommage au grand homme.

A l’époque des frères Corneille, Pierre et Thomas, son cadet de 20 ans, deux maisons étaient accolées, héritage du père, Maître des Eaux et Forêts. Celle de Pierre était la « petite », plus étroite mais plus haute. Elle aurait bien pu disparaître au 18e siècle, si l’ambitieux projet du nouvel Hôtel de Ville imaginé par Matthieu Le Carpentier avait vu le jour. Heureusement pour le père de la tragédie, sa construction débutée en 1758, n’ira pas au-delà des fondations (maquette au Musée des Beaux-Arts). En 1858, afin d’élargir la chaussée, la maison sera reconstruite en retrait de 2 m. Une tablette de marbre indiquait alors « Ici est né, le 9 juin 1606, Pierre Corneille » vite remplacée par une autre rectificative. Une ancienne photographie de 1884, montre la rue ornée d’une toile peinte représentant la maison natale, au cours d’une cérémonie organisée en l’honneur de l’écrivain. Puis, le bistrot Lemercier s’y installera et l’on pouvait voir à cette époque le buste du tragédien sur un socle en façade, petit patrimoine disparu, alors qu’une belle descente d’eaux pluviales a été sauvegardée.

Alors qu’elle était devenue plus tard une annexe de l’imprimerie Wolf, installée aux n°13 -15 de la même rue, la maison est alors rachetée en 1912 par un comité de soutien qui la remettra à la ville sous la condition qu’un musée cornélien y soit installé. Ce qui fut fait.

Et que voir d’autre dans cette rue dénommée « Mignotte » avant 1488, mais aussi « Saint Jacques », « Pierre Corneille » évidemment, et « de Tours » pendant la Révolution ?

Sur sa rive méridionale, au n°3, le restaurant l’ »Ecu de France » hébergeait le personnel des invités de « La Couronne » accueillis à deux pas de là. Un peu plus loin, au n°9, un autre restaurant « Les Nymphéas » garde une rare devanture moyenâgeuse dite « en feuillure » avec une imposte vitrée garnie de barreaux, laissant passer un peu de lumière. Enfin au n°21 l’ « Hôtel des Alleurs » reconstruit au 18e siècle, possédait une remarquable cheminée fin 15e, début 16e siècle qui a malheureusement été déplacée à Jumièges.

En définitive, une petite rue mais une longue histoire.