L’histoire. Quand Louis XIV, l’enfant superstar, visite la Normandie et Rouen au bord de l’explosion

En 1650, le roi Louis XIV, âgé de 12 ans, fait son premier voyage en province. Alors que la révolte gronde dans le royaume, quel accueil les Rouennais vont-ils lui réserver ?

Louis XIV en Jupiter, vainqueur de la Fronde, auteur inconnu, 1653-1661. La foudre à la main, le jeune roi est peint en dieu mythologique, triomphant des forces du désordre.

En 1650, un voyage tourmente la régente Anne d’Autriche, mère du roi, et son principal ministre Giulio Mazarini, dit Mazarin : depuis deux ans, Rouen… est au bord de l’explosion. Et pourtant, le roi Louis XIV, âgé de 12 ans, doit faire son premier voyage en province.

Un prisonnier et… des frondeurs

À peine deux mois avant la visite royale, des Rouennais pourchassaient des soldats stationnés dans la ville. Ils l’avaient bien cherché : ils venaient de saccager gratuitement une quarantaine de maisons. Ne nous étonnons pas de ce genre d’émeutes, résultat de la cohabitation forcée entre population et militaires. À cette époque, faute de caserne, la troupe est hébergée et nourrie chez l’habitant. Le coût de cet entretien et la mauvaise conduite des soldats allumaient les tensions.

Le mécontentement s’étendait aux Parlementaires de Rouen. Ces hauts magistrats dénonçaient le durcissement du régime et la mainmise de Mazarin. Les aristocrates du royaume partageaient ce sentiment ; ils jalousaient ce cardinal italien qui, malgré sa petite noblesse et son origine étrangère, était parvenu au faîte du pouvoir. À tous ces mécontents, l’histoire donna le nom de frondeurs, en référence à l’arme des enfants.

C’est dans ce contexte tendu que le 18 janvier 1650, le cardinal arrête et emprisonne trois princes soupçonnés de complot. Parmi eux, le duc de Longueville, gouverneur de Normandie. Or, ce grand seigneur entretient une clientèle de protégés dans la province. Se préparent-ils, s’inquiète la Cour, à fronder pour défendre leur patron prisonnier ?

Le cardinal méprisé, le roi acclamé

Vite, le pouvoir file en Normandie pour prévenir et dissuader toute rébellion. Dès que Louis XIV, sa mère et Mazarin arrivent à Rouen le 5 février 1650, les craintes s’évanouissent. L’accueil est triomphal.

Jamais peuple n’a témoigné plus de joie à la vue de son prince, écrit Mazarin au secrétaire d’État à la guerre Michel Le Tellier.

Les Normands se pressent pour voir le petit roi. Si les mécontents dénoncent la monarchie absolue, s’ils ciblent le cardinal, ils témoignent d’un profond respect à l’égard de leur souverain.

Parlons même d’affection envers ce prince dont tout le royaume a longuement attendu la naissance. Les parents, Louis XIII et Anne d’Autriche, ne s’entendaient pas ; la venue au monde d’un héritier semblait illusoire si bien que le frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans, s’imaginait prendre la succession et la couronne.

Louis Dieudonné : 23 ans après…

Le couple se réconcilia sur le tard. On raconte qu’à la faveur peut-être d’une tempête, Louis XIII et sa femme furent amenés à partager la même chambre au Louvre. Dans cette nuit du 5 décembre 1637, le futur Louis XIV aurait été conçu. Pour sûr, naquit le 5 septembre 1638 le fils tant désiré, d’où son surnom de Louis Dieudonné. C’était le premier enfant du couple. Il avait fallu attendre vingt-trois ans de mariage ! L’annonce de l’événement déclencha la liesse générale dans tout le royaume, en particulier en Normandie. On fit voler les cloches plusieurs jours, on alluma des feux de joie, on perça des tonneaux de vin pour trinquer à la santé du bébé.

Opération séduction

Douze ans plus tard, Louis Dieudonné est donc à Rouen, accompagné de sa mère et de Mazarin. Ils y restent du 5 au 20 février 1650, deux semaines pendant lesquelles les Normands ont loisir de voir, parfois d’approcher, l’enfant-roi. Louis charme ses visiteurs. Attentif témoin, le jésuite Charles Paulin note « sa bonté et facilité d’humeur […] la grâce de son corps […] et la douceur de ses regards ».

Que je ne sache point de philtre plus puissant pour enchaîner les cœurs,  Dès sa plus tendre enfance, Louis XIV s’applique à apprendre son métier de roi et à tenir noble allure. En ce mois de février, les Normands ont droit à la version sympathique du monarque. Habituellement, l’adolescent affiche une mine sérieuse, voire sévère, quelque peu hautaine. Et ce visage si jeune et si grave, explique l’historien Joël Cornette, impressionne les contemporains !

En février 1650, la venue du roi à Rouen calme toute tentative de rébellion. La Normandie ne retombera pas dans la Fronde et restera fidèle. Sans tirer le moindre coup de canon, Louis XIV remporte la première victoire de son long règne.

76actu Laurent Ridel

 

© Daniel Caillet, 2017