C’est malheureusement une évidence. Le petit patrimoine tend imperceptiblement à disparaître sans que l’on ne s’en aperçoive. Ce sont bien souvent des « choses » qui font partie intégrante de notre univers quotidien. Parmi elles, les arbres jouent de malchance, n’étant que rarement considérés comme éléments du patrimoine.

Une note d’espoir toutefois depuis quelques années, car une excellente initiative a été prise en recensant certains spécimens dits « remarquables » à cause de leur âge, leur rareté, leur taille, ou de leur histoire. Ils sont souvent les seuls vestiges du paysage à subsister après de longues années survivant aux générations qui défilent et restant des témoins muets pendant des décennies, voire même des siècles qui s’écoulent inexorablement.

L’un des premiers à prendre conscience de leur importance et de leur sauvegarde a été Henri Gadeau de Kerville, le célèbre naturaliste normand (1858-1940), qui a entre autres écrit « Les Vieux Arbres de la Normandie » entre 1890 et 1932. Outre leur recensement, il a tenté de les faire connaître en notant l’intérêt pour l’histoire et les sciences à les conserver.

A Rouen, nous en comptons un bon nombre classés par âges ou espèces et en consultant le plan local d’urbanisme, on connaît leur localisation avec une grande précision. Malheureusement, le commun des mortels n’est pas toujours au courant, ou s’en désintéresse tout simplement, si bien que des arbres censés être protégés sont abattus. C’était le cas récemment dans une propriété abandonnée depuis plusieurs années de la rue de Bihorel où des spécimens remarquables ont disparus sans raison valable. Dans le même quartier, un très beau tilleul dans une propriété de la rue Louis Bouilhet a été coupé, sans aucun doute pour le confort personnel de propriétaires pas très en adéquation avec leur temps. Certes, un arbre fait de l’ombre, prend de la place, et demande de l’entretien. Mais en contrepartie, quelle richesse que ces « monuments », qui, s’ils pouvaient parler, pourraient nous compter toute l’histoire de notre ville sur des centaines d’années ?

 

Exemples de taille

Le hêtre pourpre de la Porte des Champs âgé d’environ 150 ans et de 4 m 50 de circonférence, domine la chaussée du haut de ses 12 m. Il a entamé sa phase de vieillissement et fait l’objet d’une surveillance régulière. Il a été diagnostiqué en 2006 par un expert indépendant et les conclusions sont rassurantes. Afin de le « dorloter », du mulch (feuilles et bois dégradé) a été déposé à son pied afin d’entretenir sa flore pédologique et conserver une certaine fraîcheur en cas de sécheresse. Quant au hêtre planté lors de la création du square Verdrel vers 1860, il est malheureusement attaqué par un champignon. Sera-t-il sauvé ? Il est important aujourd’hui de poursuivre le travail d’Henri Gadeau de Kerville car, comme nous le voyons ces derniers temps, la protection des arbres est un combat bien loin d’être gagné. Une véritable campagne de sensibilisation permettrait peut-être une prise de conscience sur la nécessité à sauvegarder ce vert patrimoine.

 

© Daniel Caillet, 2015