Après la violette de Rouen, le trèfle du Zénith

Suite à un changement de technique de gestion des espaces verts de la Crea, une première espèce de trèfle patrimoniale a refait surface autour du Zénith de Rouen. Explications.

Il y a la violette de Rouen, espèce endémique protégée, puis le trèfle du Zénith, qui fait l’objet de tous les soins, dans l’agglomération.

On connaissait la Violette de Rouen, espèce endémique qui pousse sur les coteaux calcaires et uniquement en Haute-Normandie : une fleur rare qui a fait couler beaucoup d’encre, tant elle a contrarié différents projets de contournements routiers, le dernier en date étant celui devant délester la traversée de la Vallée de l’Andelle… Voici maintenant le pied de lièvre, une variété de trèfle patrimoniale : un trèfle des champs qui pousse dans l’agglomération de Rouen et plus particulièrement sur les pelouses du Zénith de la CREA , réapparu sur le site, dans le cadre de la mise en place d’un programme de préservation de la biodiversité.

Nous sommes en train de travailler avec le service environnement de la CREA sur la gestion différenciée de nos espaces verts (également appelé fauchage tardif). Nous disposons de 5000 m2 d’herbe, autour du Zénith. Nous allons maintenant conserver des parcelles en fauchage de manière à développer la biodiversité et préserver certaines espèces rares mais présentes sur le plateau » explique Christophe Chabrier, directeur du Zénith.

De belles vitrines

Ne soyez donc pas surpris, si en vous rendant au Zénith, vous constatez que la pelouse n’est plus aussi régulièrement tondue : c’est normal ! Cela fait partie du programme pour la biodiversité. « Nous sommes sur un site qui peut abriter des espèces patrimoniales. Changer nos techniques d’exploitation peut permettre aux espèces endémiques de repousser », explique Guillaume Fresnel, responsable environnement de la CREA. Et d’ajouter : « Le Zénith, tout comme le parc des expositions sont, pour nous, de très belles vitrines de ce changement de pratique ».

De son côté, Audrey Blondel, chargée de mission auprès de l’environnement à la Crea, note : « Après quelques mois de gestion différenciée, nous avons déjà un premier résultat, ce trèfle des champs, indicateur des milieux sableux et secs. Dans les années qui viennent, nous trouverons certainement d’autres variétés endémiques », espère-t-elle.

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© Ekaterina Smirnova

 

Le trèfle pied-de-lièvre, une espèce porte-bonheur?

Plusieurs se souviennent de ces fameuses pattes de lièvre ou de lapin que nous arborions jadis fièrement à nos sacs, nos vestes et nos rétroviseurs en guise de porte-bonheur. Ces talismans barbares ne sont heureusement plus en vogue, mais leur pendant végétal pourrait peut-être faire votre bonheur!

Le trèfle pied-de-lièvre Trifolium arvense doit effectivement son nom à la ressemblance qu’ont ses fleurs aux pattes velues et soyeuses de ces gentils herbivores. Cette espèce sauvage introduite d’Europe au XVIIIe siècle est propre aux paysages au sol sableux comme on en trouve aux iles de La Madeleine, dans Charlevoix et dans la région trifluvienne, mais de plus en plus, elle se retrouve aux bords des routes ailleurs dans la province. Annuel ou bisannuel, ce trèfle a une longue saison de floraison aux teintes rosées qui se prolonge jusqu’en septembre. De taille moyenne, cette légumineuse possède des tiges poilues de 15 à 40 cm et des feuilles en trois parties que leur pilosité rend vert glauque et même légèrement grisâtre. Son association avec des bactéries du genre Rhizobium la rend apte à capter l’azote de l’air, le rendant ainsi disponible dans le sol, avantage commun à toutes les espèces de la famille du pois.

Une espèce pour sols incultes

En plus de constituer un fourrage potentiel pour quelques espèces animales telles que les chèvres et les moutons, cette espèce démontre une adaptabilité aux sols pauvres acides ou calcaires ce qui la rend particulièrement intéressante pour certains types d’aménagements. Les anglophones le nomment parfois old field clover ou stone clover, ce qui indique une prédisposition de l’espèce à croitre dans les sols incultes ou dégradés. On notera donc son utilité pour l’ensemencement des abords de routes et de sentiers et l’aménagement de prairies qui ne reçoivent pas d’irrigation ou qui sont drainées à l’excès. D’ailleurs, plusieurs organismes, dont le ministère du Transport du Québec, l’ont implanté le long de grands axes routiers, car l’espèce pousse dans des conditions similaires à la petite herbe à poux et serait potentiellement efficace dans le contrôle des populations de cette espèce hautement allergène.

Il est exceptionnel qu’Indigo vous recommande l’utilisation d’une espèce exotique naturalisée. Toutefois, comme il n’existe aucun trèfle indigène dans la flore du Québec et que d’autres espèces de trèfles exotiques sont largement utilisés dans les produits de semences, nous croyons que cette espèce devrait recevoir davantage d’attention notamment à cause de son caractère esthétique et de sa grande adaptabilité aux sols incultes et fortement compactés.

Une implantation des plus simples

L’implantation de cette plante se fait par semis. Les semences doivent être légèrement scarifiées avant l’ensemencement (Indigo propose d’ailleurs ce service sans frais supplémentaire) et le semis doit se faire au printemps ou au début de l’été dans un sol relativement exempt de mauvaises herbes. Le sol en place ne doit pas être amendé, cela favoriserait d’autres espèces plus gourmandes, mais la surface doit être travaillée de manière à créer un lit de semis meuble. Le semis peut être réalisé manuellement, à l’aide de semoir mécanique ou par hydroensemencement. Le taux de semis généralement recommandé est de 0.25 à 0.66 gramme par m² ou de 2 à 6 kg par ha. Bien que le trèfle pied de lièvre est une espèce annuelle, il se comporte souvent comme une bisannuelle (notamment lors de semis de fin d’été, il hiverne sous forme de plants juvéniles) et la floraison donne lieu a de très nombreuses semences qui assure sa présence à long terme.

Voici donc une espèce à privilégier la prochaine fois que vous aurez à intervenir dans des lieux incultes ou il n’y a pas possibilité d’amender le sol en place. Les massifs soyeux qui en résulteront ne porteront pas nécessairement chance, mais le résultat fera le bonheur de plusieurs!

Fiche technique

Nom latin :Trifolium arvense Linnaeus

Famille : Fabacées

Nom français : trèfle pied-de-lièvre

Nom anglais : rabbit’s-foot clover

Rusticité : zone 3

Lumière : soleil

Floraison : juin à septembre

Hauteur minimum : 15 cm

Hauteur maximum : 40 cm

Largeur : 50 cm

Taux de semis au m2 : 0.25 à 0.66 gramme par m≤ (2 à 6 kg par ha)

Humidité : sol sec

Habitat : bords de routes, lieux incultes, terrains vagues, dunes.

Avantages : Tolère les sols incultes.

Applications possibles : Semis des abords routiers, contrôle de l’herbe à poux, prairies sèches, fourrages rustiques.

blog.horticulture-indigo.com

© Daniel Caillet