Aussi atypique que l’était le monument des frères Bérat dans le square Solférino, la fontaine de Lisieux était un petit édifice utilitaire érigé en 1518. Jacques Lelieur, l’auteur du célèbre Livre des Fontaines et qui habitait à proximité au n°18 de la rue de la Savonnerie, semble être pour beaucoup dans son ornementation foisonnante. Appelée « fontaine du Parnasse » à l’époque, son décor polychromé représentait entre autres les neuf muses et Apollon Musagète, leur conducteur. Pendant trois siècles et demi, l’ouvrage ne cessa de se détériorer de plus en plus et seuls la Philosophie et Pégase réussirent à sauver leurs têtes. Pendant la « Semaine Rouge » du dernier conflit mondial, les bombes larguées les 30 et 31 mai 1944 vont la pulvériser entièrement et elle deviendra une ruine informe parmi les ruines. Son nom provenait de celui de l’hôtel où elle avait été adossée, l’ancien manoir des évêques de Lisieux à Rouen. Ils y séjournaient lorsqu’ils venaient s’occuper des affaires de la paroisse de Saint Cande le Vieux. C’est ici que l’évêque Pierre Cauchon y fut frappé de mort subite en 1443, douze ans après le supplice de la Pucelle. Le beffroi du Gros Horloge restauré présente une réplique miniature fidèle de cette fontaine.

 

La maison du voisin

A deux pas se situait l’emblématique logis des Caradas daté du début du 15e siècle, avec sa façade proéminente donnant sur la rue de la Tuile. Elle était d’après le Commandant Quenedey, célèbre historien local, « la perle des maisons de bois de notre cité », l’une des plus somptueuses maisons d’avant-guerre. Construite en encorbellement par Caradas de Quesne, le bailli de Rouen depuis 1409, elle surplombait la chaussée de ses cinq étages, dont deux niveaux de combles en saillie. Sous une charpente très travaillée avec pignons, mâchicoulis et ornements à profusion, la façade était admirable avec ses poutres et ses fenêtres gothiques. Face à la maison de Jacques Lelieur, elle occupait l’emplacement d’angle des rues de la Savonnerie et de la Ville (aujourd’hui disparue) au bas de l’actuelle rue Grand Pont. Elle sera détruite le 9 juin 1940 par les allemands comme tout le quartier alentour et il ne nous reste d’elle que quelques toiles dont celles de Pierre Le Trividic, peintre de l’Ecole de Rouen, longtemps après sa représentation dans le Livre des Fontaines.