[Peut-être avez-vous remarqué en rentrant dans l’enclos de l’église paroissiale Saint-Michel l’une de ses curiosités ?

On distingue en se rapprochant du mur de la nef de curieux graffiti représentant des navires.
Ce type de graffiti se retrouve sur de nombreux bâtiments ou églises de la côte Normande, des rives de la Seine, de l’Eure, de l’Orne ou encore de la Touques et de la Dives.
Les graffiti, moyen d’expression populaire, étaient dessinés selon les situations soit comme un passe-temps, soit pour exprimer une passion, à une époque où l’alphabétisation n’était pas généralisée et où la culture passait par l’image. Ceux réalisés dans les lieux de culte l’ont très certainement été en signe de reconnaissance par des marins, population souvent exposée aux dangers de la navigation.
On les retrouve toujours gravés dans des supports relativement tendres, pierre calcaire ou hourdis de plâtre, à hauteur d’homme.

Ces gravures laissées par l’homme fournissent une intéressante et précieuse iconographie sur les navires au cours des siècles. Ils représentent souvent des navires de haute mer, mais aussi des navires de charge ou de cabotage peu représentés avant le XVIIIe siècle.
Une analyse typologique permet d’identifier les différents types de navires et donc de dater plus précisément ces dessins. On y trouve des navires de guerre, généralement à poupe carrée : vaisseaux, frégates, brigantins, bricks et goélettes, et des navires de pêche et de commerce à poupe ronde : galiotes, heux, flutes, flibots, dogres, sloops, cotres…
Ces dessins ont été exécutés par des marins qui connaissaient bien ces navires et non par des artistes. Ils ont donc l’avantage de représenter les traits essentiels des bâtiments (coque, mâts, voilure) sans effets artistiques.

Aucun des graffiti présents sur l’église d’Hénouville n’est antérieur au XVIe siècle, époque de construction de la nef. Tous se trouvent sur le mur sud et sur ses contreforts, en bordure de l’ancien cimetière déplacé en 1834. On n’en trouve aucun sur le chœur reconstruit en 1866.
Même si de nombreux graffiti ont subi les outrages du temps, on peut s’essayer à identifier les différents types de navires représentés.

 

 

Ce graffito représente un bâtiment à deux mâts. Le grand mât, le mât de misaine et le beaupré sont ornés d’un pavillon. Les voiles ne sont pas représentées mais la bôme du grand mât laisse supposer un gréement à voiles auriques (à quatre côtés non symétriques). La poupe carrée supporte un gaillard arrière. Ce dessin d’une grande netteté a pu être réalisé vers la fin du XVIe siècle.

Ce graffito du XVIIIe siècle représente sans doute une goélette. Le navire est équipé de 3 mâts gréé en voiles latines.

 

 

Ces dessins que vous pouvez retrouver sur l’église d’Hénouville constituent donc un élément intéressant du patrimoine de notre village, souvenir des armadas des siècles passés…]

Avec l’aimable autorisation d’Arnaud Serander.