Rouen : les Fêtes Jeanne d’Arc seront-elles relancées ?

Le jet de roses depuis le pont Boieldieu, à proximité duquel les cendres de Jeanne d’Arc avaient été jetées dans la Seine, clôture l’hommage

Hommage. Les Fêtes Jeanne d’Arc se sont achevées dans le plus grand anonymat tandis que des volontés politiques se manifestent pour les relancer.

Pour une ville se rêvant capitale européenne de la culture, le cliché des Fêtes Jeanne d’Arc ce week-end n’est pas très vendeur… Des commémorations si discrètes semblent incompatibles avec la volonté d’attirer toujours plus de touristes, d’autant plus à l’heure d’une fierté normande exaltée à des fins de développement économique.

« Créer une grande fête autour de Jeanne d’Arc serait artificiel », répond le maire Yvon Robert (PS), à la sempiternelle question des moyens consacrés à ces festivités. L’élu, qui passera la main en 2020, préfère « la solennité et la sobriété », avec essentiellement des rencontres culturelles.

Derrière, les forces d’opposition s’activent pour dénoncer cette frugalité. La sénatrice UDI Catherine Morin-Desailly déplore des Fêtes Jeanne d’Arc «réduites à peau de chagrin». « Où sont passées les animations de rues, le marché, les jeux et le bal médiéval ? », interroge-t-elle dans un communiqué de presse.

« Quand nous sortons de la cathédrale [samedi après-midi, avant de prendre la direction du pont Boieldieu pour la fin officielle des hommages, NDLR], les gens nous regardent avec de gros yeux sans comprendre ce qui se passe, ce n’est plus possible », estime le député Damien Adam (LREM), à l’origine de douze propositions pour relancer les fêtes: un grand marché médiéval, un banquet gargantuesque, faire coïncider les projections sur la cathédrale avec les Fêtes, faire venir la Jeanne d’Orléans… « Une vraie ville médiévale éclatée en plusieurs points de la métropole, tel un hommage à la place de Rouen à l’époque de Jeanne d’Arc, la deuxième ville du royaume derrière Paris. » Une solution pour contourner la difficulté de célébrer Jeanne d’Arc à Rouen, qui l’a condamnée hérétique alors qu’Orléans a vu naître le mythe.

Solennité toute relative

De son côté, Jean-Pierre Chaline, le président du comité Jeanne d’Arc, rappelait que « Rouen devrait être la première des villes johanniques », appelant à créer, en complément de l’Historial, un parcours touristique valorisant les nombreux vestiges de son passage.

Samedi après-midi, à quelques instants de la fin des « festivités », le cortège sort de la cathédrale, en direction de la rue Grand-Pont. Quelques badauds soupçonnent l’existence des Fêtes Jeanne d’Arc avant de retourner à leurs courses. Au même moment, sur le parvis, l’association L214 décompte le nombre d’animaux abattus depuis le début de leur manifestation…

En arrivant pont Boieldieu, le défilé croise un écriteau laissé par les manifestants de la (mini) « marée populaire » du jour : « Macron tu vas finir comme Louis Capet », peut-on lire. Les grappes de spectateurs doivent éviter une barrière de chantier à demi-écroulée, les jeunes filles de la maîtrise Saint-Évode sont quelque peu dissipées… La solennité du moment est toute relative.

Avant le traditionnel lancer de roses, un drapeau est hissé à un vulgaire mât de chantier. Il sera enlevé aussi vite, une fois l’hommage terminé. « Jeanne d’Arc, c’est quand même le personnage de Rouen », regrette Nicolas, passant par là par hasard, et espérant à l’avenir des festivités plus démonstratives.

Paris Normandie

© Daniel Caillet, 2018