Patrimoine. Abbayes, châteaux, usine… Les cinq plus belles ruines de Normandie

Amputés par l’histoire et usés par le temps, ces églises, châteaux et usines de Normandie ont gagné un certain charme. Leur déchéance s’explique pour diverses raisons…

Entre le Mont-Saint-Michel, les Plages du Débarquement, la cathédrale Notre-Dame de Rouen, ou encore les Falaises d’Étretat, le patrimoine de la Normandie est riche. Mais d’autres lieux, beaucoup moins connus car laissés à l’abandon, sont tout aussi grandioses. Églises, châteaux, usine… découvrez les cinq plus belles ruines de la Région.

  1. L’abbaye de Jumièges : le squelette de pierre

SEINE-MARITIME. Ce puissant monastère fondé au début du Moyen Âge a failli disparaître complètement. Après l’expulsion des moines à la Révolution, des acquéreurs peu scrupuleux ont entrepris la démolition des bâtiments dans le but d’en vendre les pierres. Certains blocs sculptés sont partis pour l’Angleterre où ils ont servi à orner le manoir d’un ambassadeur.

En 1853, Aimé Lepel-Cointet, agent de change à Paris, a arrêté le massacre en achetant le domaine. Trop tard pour le chœur et le transept de l’église Notre-Dame, trop tard pour le cloître et le bâtiment du réfectoire.

Aujourd’hui, le touriste reste surpris de marcher entre les murs de la nef de l’église Notre-Dame et d’avoir le ciel pour toit. Les ruines si romantiques de Jumièges bravent les intempéries et les hauts arbres du parc.

  1. Le château abandonné de Gratot

MANCHE. Ce n’est pas la guerre qui a détérioré ce château ; à priori, ce n’est pas non plus la faute de la fée censée hanter les bâtiments. C’est seulement le résultat du peu d’intérêt que ses propriétaires successifs lui ont marqué au XIXe siècle et la conséquence de son abandon total au début du siècle suivant.

Et pourtant, ce château cerné de douves méritait d’être choyé. Avant la Révolution, la vieille et prestigieuse famille d’Argouges le possédait. Depuis le Moyen Âge, elle avait réaménagé les bâtiments, transformant la résidence en un ensemble asymétrique et composite.

Aujourd’hui, des mains attentionnées s’occupent de nouveau du site. Visitez-le si vous passez près de Coutances. Profitez-en aussi pour découvrir le monument suivant.

  1. L’abbaye d’Hambye : Jumièges en Cotentin

MANCHE. Combien Guillaume Paisnel serait triste de voir aujourd’hui l’état de l’abbaye qu’il a fondé au milieu du XIIe siècle. Aucun toit ne protège le bâtiment. La façade principale et une partie de la nef ont été abattues tandis que le chœur semble prêt à s’effondrer.

À l’image de Jumièges, le monastère d’Hambye a perdu ses moines à la Révolution et ses acquéreurs, à partir des années 1810, ont trouvé judicieux d’utiliser l’église abandonnée et le cloître accolé comme carrière de pierres.

Depuis plus de 50 ans, le conseil départemental de la Manche redonne une nouvelle vie à ce site isolé dans un vallon.

  1. Château-Gaillard, trop dangereux pour subsister

EURE. Son fondateur, le roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion comptait beaucoup sur cette forteresse pour barrer la route de Rouen aux Français. Le roi de France Philippe Auguste s’est alors fait un devoir de s’en emparer. Au terme de six mois de siège, en 1204, il a réussi.

Cette capitulation ne signifiait pas la mise à la retraite de la forteresse. Elle était trop bien située, trop bien défendue pour ne pas être réutilisée pendant les conflits suivants telles la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion.

Pour Henri IV puis Richelieu, c’était assez : les ennemis de la monarchie prenaient un malin plaisir à s’y enfermer. Le démantèlement de Château-Gaillard était signé. Mais si difficile à conquérir, la forteresse s’est avérée aussi dure à détruire. Par exemple, les murs du donjon faisaient huit mètres d’épaisseur à la base. Les démolisseurs n’y ont pas touché, préférant s’attaquer aux murs plus fragiles et plus accessibles des courtines.

À cause de l’ampleur des destructions, le visiteur saisit mal aujourd’hui la configuration du redoutable château. Qu’importe, il se satisfait au moins du fantastique point de vue offert sur la bouche de la Seine et la ville des Andelys, 80 mètres en contrebas.

  1. L’usine cathédrale de Fontaine-Guérard

EURE. Excentrique, mégalomane ? Ce sont les adjectifs qui reviennent pour décrire Charles Levavasseur, le fondateur de ce monument insolite. De 1857 à 1859, cet industriel a construit au bord de l’Andelle une grande filature de coton en lui donnant les caractères et les dimensions d’une cathédrale.

Composé de brique, long de 96 mètres, le bâtiment principal est éclairé par une série de hautes baies ogivales ; son pignon est même percé d’une rosace. Aux angles, quatre tours hexagonales entendent rivaliser avec les clochers des églises.

Alors animée par plus de 300 ouvriers, l’usine a rapidement filé un mauvais coton : un incendie a eu raison de cet étonnant édifice, 14 ans seulement après son inauguration. L’activité s’est alors concentrée dans le bâtiment voisin, moins spectaculaire. Avant qu’un nouveau sinistre force à l’abandon total de la filature.

Aujourd’hui propriété du département de l’Eure, le site ne se visite pas pour des raisons de sécurité mais, malgré les arbres qui l’envahissent, il reste bien visible de la route.

Laurent Ridel / 76actu

 

© Daniel Caillet, 2017