Square Guillaume Lion, vous connaissez ? Une sorte de cimetière monumental bis en bordure du Quai de Paris et lové entre les rue des Arpents et des Maillots-Sarrazins. Mais que trouve-t-on dans ce « centre de rétention » si peu connu et visité par les Rouennais ?

 

Brève histoire d’un mini musée à ciel ouvert

Dès l’entrée, se dresse une porte monumentale, déplacée en 1950 un peu plus à l’ouest qu’à l’origine. Elle a été alors reculée de 5 mètres et surélevée de 3 mètres au moment de la construction des nouveaux quais. Déjà au 19e siècle on dénonçait « un inutile amas de pierres désagrégées… obstruant l’entrée de la rue… cachant le soleil à ses habitants. » Elle faillit bien disparaître, mais l’unique ancienne porte de la ville encore debout, œuvre de Pierre Léonard Jarry, classée Monument Historique, avait décidé d’entrer en résistance et fut épargnée par les bombes de la dernière guerre dans un quartier pourtant dévasté.

Côté ouest du square, trois vestiges de fenestrage à la géométrie subtile et rare trônent anonymement. Ce sont les seuls et maigres restes de la chapelle des Augustins dont l’entrée était située autrefois dans la partie sud de la rue Malpalu détruite pendant la guerre. Edifice de la fin du 14e siècle, son clocher avait été décapité par la tempête de 1773 et elle était devenue magasin municipal lorsque les bombardements de 1944 l’achevèrent. Classée Monument Historique elle aussi, elle fut entièrement démolie en 1949 malgré une vigoureuse campagne de protestations.

A une époque où la ville était davantage dévastée par les hommes que par des événements plus ou moins prévisibles, on se donnait parfois bonne conscience avec quelques actions de prestige mais de peu d’envergure. On retrouve donc en fond de square, et sans aucune explication sur son origine, la fontaine réinstallée ici en 1955, qui était autrefois adossée au couvent. Démontée pierre par pierre, elle ne retrouvera sans doute jamais sa vocation initiale, celle de laver les mains de ceux qui allaient rencontrer Dieu. Elle aurait pourtant pu être utile à tous ceux que la sauvegarde du patrimoine a pu laisser indifférents.