Neveu de Georges Bizet, Maxime Réal del Sarte nait le 2 mai 1888 dans une famille très ouverte au monde artistique. Mutilé de guerre, son handicap ne fera toutefois pas obstacle à sa carrière de sculpteur et il laissera à la ville, trois œuvres majeures. Pour mieux comprendre son inspiration, il faut savoir que ce fervent catholique, admirateur de Jeanne d’Arc, fonda et dirigea les « Camelots du Roi », mouvement nationaliste et monarchiste proche de l’Action Française dont Réal del Sarte était membre. Il créa aussi une association, « Les Compagnons de Jeanne d’Arc », et disait volontiers à propos de l’héroïne nationale, « Je fus toujours son serviteur ».

La réplique de la Pucelle

Réalisée en pierre du Poitou, après que le parlement ait décidé en 1920 de l’érection d’un monument national à la mémoire de Jeanne d’Arc, la statue est installée le 7 mai 1925 sur la place du Vieux Marché. D’anciennes photographies nous la montre dans une niche de la Halle de la Boucherie, réalisée par l’architecte Edouard Lair.

L’habitude de venir fleurir la statue lors des traditionnelles fêtes se propagea vite et les plus hautes instances partageront cet honneur. Pourtant en 1927, une anicroche survint lorsque Poincaré, l’invité d’honneur, salua la mémoire d’une Jeanne concurrente, celle du sculpteur rouennais Alphonse Guilloux. Mais dès l’année suivante, l’œuvre de Réal del Sarte retrouva sa prééminence sous l’œil du Maréchal Pétain qui reviendra en 1944 suivi du Président Vincent Auriol en 1949.

Mais se souvient-on que la statue a eu une sœur jumelle, réplique exacte que le sculpteur voulait offrir à Franklin Delano Roosevelt ? C’est en définitive l’Université de Montréal qui en hérita en 1945 après le décès du président américain.

S’il l’avait promise en premier lieu à Franklin D. Roosevelt, le sculpteur Maxime Réal del Sarte offrit sa statue à l’Université de Montréal à la suite du décès du président des États-Unis, en 1945.

Partie de la carrière de Jardres au printemps 1950, la statue prendra le chemin de Nantes pour se diriger vers le port d’Anvers afin d’être embarquée sur le Beaverlake, de la compagnie du Canadien Pacifique. Retardé à cause d’une grève des débardeurs, le navire quittera finalement le port d’Anvers en septembre et notre Jeanne d’Arc arrivera à Montréal quelques semaines plus tard.

Cette statue est, en fait, une réplique de celle qui orne la place du Marché de Rouen, où Jeanne d’Arc a été livrée aux flammes. La réplique, tout comme l’original, est en pierre dure de Poitou. Elle mesure un peu plus de trois mètres et son poids est de quatre tonnes. L’artiste fera graver, avec sa signature à la base: «J’ai fait cette œuvre avec amour pour nos amis canadiens, à la gloire de la sainte patronne de la paix du monde.»

L’inauguration officielle de la statue est prévue pour le printemps 1951. À cette occasion, le sculpteur exprime à Mgr Olivier Maurault, alors recteur de l’Université de Montréal, «tout le bonheur qu’[il aurait] de pouvoir [lui]-même [lui] apporter, au moment de l’inauguration, un sachet de terre pris à l’endroit précis du bucher de Jeanne d’Arc et revêtu de tous les authentiques émanant des autorités».

Maxime Réal del Sarte est le neveu du compositeur Georges Bizet, l’auteur de Carmen et le disciple préféré de l’éminent sculpteur Paul Landowski. La statue de Jeanne d’Arc au bucher est érigée en face du pavillon Claire-McNicoll.

 

 

Une victoire déplacée

L’année 1926 verra l’installation d’une autre œuvre colossale, le Monument de la Victoire. Edifiée devant le Palais de Justice, cette colonne de 9 m 50 en forme de faisceaux de licteurs romains, est surmontée d’une Victoire ailée et exalte le triomphe français de 1918. Au pied, deux poilus montent la garde, celui de gauche pouvant être Charles Maurras, dirigeant de l’Action Française, et deux bas-reliefs rappellent les séjours rouennais des troupes britanniques et des réfugiés belges pendant le premier conflit mondial.

Plusieurs sites avaient été pressentis, dont le pont de pierre pour remplacer la statue de Corneille, mais aussi la place Carnot où le monument sera finalement déplacé lors des travaux du métro. Le 11 novembre 1940, alors que tout rassemblement était prohibé, des étudiants de l’Institution Join Lambert déposent des fleurs devant le monument, premiers signes tangibles de la résistance contre l’occupant.

Sérieusement endommagée par le bombardement du 8 août 1944, la colonne sera au rendez-vous des Rouennais et du Général de Gaulle. « De grandes tâches restent à accomplir » dira ce dernier. Ce qu’a dû penser aussi Réal del Sarte avant de s’atteler au monument aux morts des forains édifié en 1931 sur la place du Boulingrin.