De l’histoire ancienne…

Les Rouennais désignent indifféremment le domaine dont l’entrée est située au 24 rue de Joyeuse comme couvent des Dominicains ou des Gravelines. Dominicains qui l’ont racheté en 1944 pour le compte de l’Ordre des Frères Prêcheurs (en provenance du Havre où les dégâts subis en juin étaient importants), Gravelines en référence à l’abbaye de Gravelines dans le Nord, fondé par une jeune noble anglaise Mary Ward. Elle « importe » 15 religieuses anglaises à Rouen et fonde le monastère en 1651. En 1776, l’effectif est passé à 41 et à la Révolution, l’église reste ouverte malgré des mesures vexatoires qui contraignent les religieuses à regagner l’Angleterre. L’abbaye est alors vendue et morcelée, une aubaine pour les Visitandines des rues Beauvoisine et des Capucins qui rachètent le domaine. Elles sont 37 en 1812 et elles édifient un pensionnat 50 ans plus tard.  Nouvel exode en Angleterre en 1905 suite à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat  mais l’arrêt d’expropriation est annulé deux ans plus tard et les sœurs reprennent leur activité d’éducation des jeunes Rouennaises. Quand survient le premier conflit mondial, elles accueillent le grand séminaire et le collège Join-Lambert pendant la seconde guerre. Elles connaitront une nuit tragique le 18 avril 1944 quand un bombardement détruira la moitié des bâtiments en causant la mort de 19 d’entre elles. Depuis cette époque, d’importants travaux de reconstruction ont rendu au site sa noblesse d’antan pour qu’il reste « humble d’apparence, mais riche de vertus… ».  C’est ainsi qu’était dépeint le  « monastère de la Visitation » par le vicomte Walsh au XIXe siècle.

 

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En 1994, les Dominicains ayant décidé de quitter ce site exceptionnel (classé en 1976 Monument Historique pour les bâtiments conventuels, le cloître et la chapelle) en vendant  le terrain de 4000 m2 et les constructions,  le propriétaire suivant deviendra la DRAC avant que l’Etat accepte l’offre d’un promoteur immobilier privé. Se pose alors l’éternel antagonisme entre profit et sauvegarde du patrimoine historique. Si les travaux sur la partie ancienne semblent conformes à ce que l’on attend d’une sauvegarde patrimoniale de qualité, le permis de construire délivré le 8 novembre 2011 et concernant l’arrière du couvent donne à penser. Il a fait l’objet d’un recours par cinq riverains. Une réalisation contemporaine est en effet prévue et devrait cohabiter avec des lieux chargés d’histoire  telle que la fontaine Sainte Marie. De quoi réactiver la querelle des anciens et des modernes et faire bondir les défenseurs du patrimoine rouennais grand et petit.