Les (més)aventures de Gargantua en Normandie

Héros populaire, le géant Gargantua est le sujet d’une multitude de légendes et d’histoires pittoresques. Certaines se sont déroulées en Normandie.

Bien avant que l’écrivain Rabelais en fasse un personnage de ses romans, le géant Gargantua est une figure mythologique connue des Français. Dans les campagnes, les croyances populaires lui attribuent certaines anomalies naturelles ou artificielles du paysage comme les menhirs. Le XVIe siècle l’érige en héros de roman burlesque, dont les aventures se déroulent en partie en Normandie. Aux lecteurs que dégoûte l’humour scatologique, s’abstenir.

Gargantua sème des menhirs

Commençons d’abord par les innocentes traditions populaires. Dans certains villages, on explique la présence de menhir par le passage de Gargantua. Soit la grande pierre a été abandonnée par le géant après lui avoir servi à aiguiser sa gigantesque faux. C’est ce qu’on raconte par exemple à Neaufles-Auvergny(Eure) ou à Craménil (Orne). Soit le menhir est un caillou jadis piégé dans le soulier de Gargantua et dont le marcheur se serait débarrassé en cours de route.

Ailleurs, c’est la terre collée à ses souliers qui gêne Gargantua. A Saint-Pierre-la-Rivière (Orne), le simple fait de secouer ses chaussures a provoqué, dit la légende, la création de deux petites collines.

Un géant maladroit

La plupart des histoires présentent Gargantua comme un bon géant. Au contraire de l’ogre, il ne fait pas de mal aux hommes. Sauf involontairement. La faute à sa grande taille et à sa maladresse.

À Fort-Moville (Eure), le géant enjambe la vallée, mais son pied percute le clocher de l’église. Les paroissiens le reconstruisent en le couvrant d’un toit en bâtière. La tour en sera moins haute et donc moins dangereuse pour les pas du personnage.

À Saint-Pierre-de-Varengeville, près de Rouen, les habitants vous montreront le siège de Gargantua. C’est un endroit accroché aux coteaux de la Seine. Deux roches forment comme les bras d’un gigantesque fauteuil. Gargantua s’y reposait, le dos calé à la falaise et les jambes allongées au-dessus du fleuve. Un colporteur voulut utiliser ces jambes comme pont. Bien mal lui en prit. Réveillé par le bâton du voyageur qui lui piquait la peau, Gargantua crut à une puce. Il remua sa jambe, provoquant la chute de l’audacieux dans l’eau.

Un buveur insatiable

Au XVIe siècle, sous la plume de Rabelais et d’auteurs anonymes, Gargantua accède au rang de personnage de littérature. Ses aventures sont support à rire, à rire gras précisément.

Prenez par exemple l’œuvre intitulée Les Grandes et inestimables croniques. On y raconte qu’arrivé dans le pays d’Auge, le géant abuse du cidre local. Il est si doux ! Le ventre du héros se brouille, mais Gargantua n’en continue pas moins sa route vers l’ouest. Parvenu à Bayeux, il ne peut se retenir. Il défèque au point de noyer la ville de cidre. Cette histoire expliquerait l’ancienne réputation de saleté attachée à la capitale du Bessin.

 

Photo : Gargantua observe les Thélémites. Détail d’une planche ornant une édition des œuvres de Rabelais, Garnier Frères, 1873

 

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© Daniel Caillet, 2018