Une entrée confidentielle.

 

 

Restaurées à Annecy, les cloches de la cathédrale seront de retour à Rouen, après Pâques. Préparation. Mercredi 30 mars, 63 des 64 cloches du futur carillon vont entamer leur chemin de retour d’Annecy. Ambiance pleine d’émotion dans la fonderie Paccard qui les a restaurées, ajustées, et refaites.

«C’est passionnant ! » Anne Paccard, responsable de la communication de la fonderie du même nom, située près d’Annecy, ne cache pas son enthousiasme sur l’aventure que mènent de concert – depuis la Première Guerre mondiale – sa famille et le carillon de Notre-Dame de Rouen. « Cela restera une des restaurations du siècle pour notre fonderie qui a un attachement viscéral pour Rouen. Sur notre emblème, d’ailleurs, on trouve deux cloches : la Savoyarde – la plus grosse cloche de France – installée au Sacré-Cœur à Paris – et la Jeanne-d’Arc », ajoute-t-elle. L’entreprise savoyarde s’est occupée depuis l’origine de l’ensemble campanaire de Notre-Dame. Des décennies rythmées par la guerre et les restaurations. « Après la Deuxième Guerre mondiale, Henri et Alfred Paccard sont venus dans la cathédrale et ont découvert des amas de bronze dans les gravats. C’était terrible. Toutes les cloches à la volée étaient détruites. » Depuis le 28 mai 2015, les équipes de la fonderie vivent avec 51 cloches récupérées à Notre-Dame.

UN SEMI-REMORQUE DANS LA CATHÉDRALE

Seule la Jeanne-d’Arc est restée dans la tour Saint-Romain, secondée par six cloches basées dans la tour de Beurre, qui ont assuré la sonnerie des heures et des offices religieux. Paccard a donc récupéré 51 cloches. De nouvelles cloches ont été fondues, parmi lesquelles deux bourdons, Romain (5,3 t) et Cécile (3,5 t), prévues pour sonner à la volée. Troisième, et plus imposante cloche : Guillaume (photo) avec 1 350 kg, les rejoindra avec son ré #. Huit autres cloches datant de 1914 ont été revues et réajustées. Jeudi 31 mars et vendredi 1er avril, deux semi-remorques feront le voyage depuis Annecy avec toutes les cloches. « Il est prévu que le camion entrera dans la cathédrale afin de déposer les cloches dans la nef », précise Anne Paccard. Actuellement, les cloches sont installées sur des palettes ou emmitouflées dans des caisses. « Sauf Cécile, qui est toujours sur un beffroi », précise Anne Paccard. « Notre entreprise fête aujourd’hui ses 220 ans. À cette occasion, nous avons organisé deux rendez-vous festifs : nous avons invité 1 000 maires dansnos ateliers la semaine dernière et lundi de Pâques, l’entreprise sera ouverte à tous les Savoyards. Pour ces deux événements, nous avons décidé de faire sonner Cécile à la volée, c’est splendide et c’est beaucoup d’émotion. Il y a un attachement profond pour la fonderie et, la semaine prochaine, ce sera un peu du cœur des Savoyards qui partira pour Rouen ». Et promis, en fin de semaine prochaine, la dynastie Paccard sera présente au complet sur le parvis. Patrice Latour, carillonneur titulaire, et membre de l’association du carillon de Notre-Dame attend, lui aussi, avec émotion les cloches (qui seront exposées pendant tout le mois d’avril dans la cathédrale). Elles entameront leur remontée dans la tour Saint-Romain le 9 mai. « À partir du mois de septembre, des ritournelles automatiques marqueront toutes les heures, avec de courtes mélodies », explique Patrice Latour. « Des concerts, au moins douze par an, seront proposés en lien avec la vie rouennaise. Nous espérons former de jeunes carillonneurs qui s’engageront à jouer le plus souvent possible ».

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Jusqu’ici deuxième carillon de France derrière celui de Chambéry en Savoie, l’instrument de Rouen va prochainement passer en tête… tout au moins en poids ! Le carillon de Chambéry sera toujours premier en nombre de cloches (70) devant Rouen (64) mais notre instrument pèsera, après le raccordement de la Jeanne-d’Arc… 36 tonnes !

Dimanche 3 avril, les cloches seront bénies par Mgr Dominique Lebrun, au cours de la messe de 10h 30.

L’inauguration du carillon est programmée le 17 septembre avec un concert officiel, et le 24septembre, carte blanche sera donnée à plusieurs carillonneurs pour que les Rouennais découvrent différents répertoires.

 

Avec Pâquerette

La longue histoire du carillon de la cathédrale Notre-Dame est jalonnée de petites anecdotes amusantes. Ainsi, était-il prévu que deux des anciennes cloches de 1914 soient raccordées, à des fins pédagogiques, à l’ancien clavier du carillon. La plus petite des cloches de 1914, baptisée « Pâquerette » devait être refondue en 1954 lors de la précédente restauration des cloches rouennaises, mais Alfred Paccard avait alors décidé de faire cadeau de la petite cloche au premier carillonneur titulaire, Maurice Lenfant. L’héritier et petit-fils de ce dernier, lui-même ancien carillonneur, Jean-François Claire, a conservé la cloche chez lui pendant longtemps et a décidé « plutôt que la cloche ne reste muette » chez lui, de l’offrir à l’association du carillon de la cathédrale Notre-Dame. « Pâquerette » sera donc, elle aussi, raccordée à l’ancien carillon, dans la tour Saint-Romain, pour le plaisir des visiteurs.

 

 

 

 

Paris Normandie

© Daniel Caillet, 2016