Des soldats montent la garde devant le château de Montigny.

Histoire d’actu. Lors de la Première Guerre mondiale, Rouen n’est pas directement visée par les combats mais est une importante base arrière, notamment pour les Anglais. En 1917, la reine Mary rend visite aux soldats blessés au front.

Une visite royale. La reine Mary se déplace en France du 1er au 14 juillet 1917, avec son mari, le roi George V. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, le mardi 17 juillet, que Le Journal de Rouen en fait l’écho dans ses colonnes. « Les journaux parisiens ont pu parler du voyage de la reine à Rouen sans que la censure s’y oppose, alors qu’il nous était interdit de le faire », précise le journal dès le début de son article. Le lendemain, il est une nouvelle fois censuré sur ce sujet.

Le couple royal – qui prend cette année-là le nom de Windsor, Saxe-Cobourg-Gotha ayant une consonance germanique beaucoup trop prononcée pendant la guerre – est venu en bateau. Il passe la première semaine de sa visite ensemble, sur la ligne de front, dans le Nord, puis se sépare. Si le roi reste lui au niveau de Vimy dans le Nord-Pas-de-Calais, pour saluer des

troupes canadiennes qui viennent de remporter une victoire ; la reine Mary, elle, visite les bases arrière et passe quelques jours en Seine-Inférieure.

L’objectif principal de ce voyage est de soutenir le moral des troupes, des blessés, et de visiter les hôpitaux rouennais, qui accueillent nombre de soldats britanniques et ressortissants du Commonwealth. On dénombre une dizaine d’hôpitaux britanniques, et dans le cimetière Saint-Sever on compte aujourd’hui 11 436 tombes de soldats du Commonwealth. La reine Mary se rend notamment à l’Hôtel-Dieu à Rouen, , à l’hippodrome de Sotteville temporairement transformé en hôpital britannique, ainsi qu’à l’hôpital de la Croix-Rouge, installé rue Champ des Oiseaux à Rouen. La Reine Mary visite aussi un atelier de prothèses à Bonsecours, situé dans un entrepôt du tramway route de Paris.

Le soir, elle logea au château de Montigny, à quelques kilomètres de Rouen. Propriété d’Edmond Vaussard, également maire du village à cette époque, elle reçoit un très bon accueil de la part de la population qui « se hâta de pavoiser », en apprenant sa venue, selon les informations du Journal de Rouen.

Mais la reine Mary n’apas seulement visité les hôpitaux militaires installés à rouen et sans l’agglomération. Le 12 juillet, elle se déplace à Jumièges et se montre déçue de ne pas pouvoir passer la nuit au logis abbatial de l’abbaye. Le risque est trop grand pour sa sécurité car un avion allemand survole la zone. Elle se déplace également à l’abbaye de Saint-Wandrille, au Havre et revient à Rouen pour visiter plusieurs monuments, comme l’abbatiale Saint-Ouen, le mémorial Jeanne d’Arc, et plusieurs musées de la ville.

Une visite rare, puisque ce n’est qu’en 1972, avec Elisabeth II qu’une souveraine anglaise revient à Rouen.

Le champ de courses devient hôpital

Dès le début de la guerre en 1914, l’hippodrome de Sotteville-lès-Rouen, qui se trouve à l’extérieur de la ville à l’époque, devient un grand camp médical anglais. En 1914 la guerre n’est pas prévue pour durer et ce sont de simples tentes en toile qui sont disposées sur le terrain. Mais le conflit s’enlise, et alors que sur le front on s’enterre dans les tranchées, des baraquements en planches et en tôles sont construits sur le site de l’hippodrome. Dans ces installations en dur, on retrouve un bloc opératoire, un laboratoire d’analyse et une morgue. À partir de 1917 et de l’entrée en guerre des États-Unis, le camp accueille du personnel et de l’équipement américain. L’hippodrome, fortement dénaturé par la guerre, ne reprend son activité qu’en 1920.

À la manœuvre

La reine Mary a également assisté à des entraînements militaires lors de son passage à Rouen. La prise en charge des blessés n’était alors pas la seule fonction de cette ville, principale base britannique en France pendant toute la durée de la guerre. Le Journal de Rouen relate « des expériences de lance-flammes ont eu lieu en sa présence, suivies de jets de grenades et d’un assaut donné par un détachement ».

Paris Normandie /

François VANHOVE

© Daniel Caillet, 2017