Lorsqu’en 1691, Louis de Carel, président de la Cour des aides, achète aux Religieuses Emmurées de Rouen un terrain de la forêt du Rouvray, le destin du domaine est déjà scellé. Un jardin, vite entouré de murs est dessiné et un pavillon édifié. Créé dans la vague des jardins botaniques, le Jardin des Plantes a d’abord été le « Jardin de l’Académie », fruit de la passion d’un groupe d’amis fondateurs de l’Académie des sciences, des belles lettres et arts de Rouen. La propriété appartiendra ensuite à l’écossais John Law, financier responsable d’une célèbre banqueroute sous la régence en 1720. Ce fut le « Jardin Planterose » en 1741 du nom d’un ancien propriétaire, puis le « Jardin Trianon » en 1801. Après son acquisition par Napoléon en 1811, il devient la Sénatorie de la Seine-Inférieure et des fêtes publiques y seront données avant que l’horticulteur anglais Crac Calvert y établisse des serres et cultive des dahlias en 1820.

En 1832, les collections sont d’une telle importance que la ville achète un terrain pour y transférer le jardin botanique et le « Jardin des Plantes » est officiellement créé et ouvert au public en 1840. On y fait d’importants travaux d’aménagement avec notamment la construction de la serre centrale (1839-1842) de style néo-classique, inscrite à l’ Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1975 et restaurée en 1995, puis de sept autres serres (1883-1884) dont la serre palmarium et l’orangerie (1895-1896). Les serres tropicales (1936-1938) seront inaugurées le 10 mai 1938 ainsi qu’en témoigne une plaque. Installée au milieu d’un bassin, la statue martelée en bronze « Migrations » du sculpteur suisse Georges Schneider, symbolise un envol d’oiseaux. Parfaitement dans son élément dans un milieu naturel, elle l’était tout autant sur le parvis de la gare SNCF rive droite où elle avait été installée en 1970 avant son départ pour le Jardin des Plantes. Elle rappelait alors les migrations des usagers du train.

 

Pionniers téméraires

Une plaque commémorative rend hommage aux fondateurs des jardins botaniques rouennais, notamment à Félix-Archimède Pouchet qui fut directeur du Jardin Trianon de 1832 à 1872. Une autre, nous rappelle ou nous apprend qu’ici même, Sophie Blanchard « le 7 septembre 1806 s’éleva seule en montgolfière… » et qu’Elisa Garnerin qui avait été la première femme à tenter une descente en parachute en 1815 en sautant d’un ballon, renouvela sa performance le 15 août 1817. Dans l’écrin d’un patrimoine naturel exceptionnel omniprésent, on remarquera aussi le buste en pierre d’ Eugène Noël dû à Alphonse Guilloux en 1905 et celui du dieu Pan, la pierre commémorative de Gerhard Munthe offerte par la Norvège en 1911, une stèle funéraire et des statues de femmes allongées dont l’une a un bras cassé. Kiosque à musique, pressoir restauré et bassins accueillants pour armadas miniatures sont aussi des éléments très appréciés des visiteurs, petits et grands.

Image à la Une : photo Ellebé vers 1960 (collection particulière).