Celle qui en son temps fut une grande communicante, dans tous les sens du terme, aurait bien mérité de donner son nom à une voie rouennaise, mieux, à une médiathèque. Mais l’histoire locale en a décidé autrement et elle devra se contenter d’un ensemble abritant à la fois une modeste bibliothèque de quartier et pour montrer qu’elle n’est pas passée complètement à la trappe dans l’estime de nos responsables politiques, de vastes locaux d’archives. Des archives ! Un peu mesquin pour une femme au passé sulfureux mais universellement reconnue qui dans les années 30 fréquentait le « Métropole ». C’était un lieu emblématique, le premier café existentialiste de la ville, un peu notre café de Flore à nous autres les vrais rouennais ! Il est depuis classé « Monument Historique » et Rouen se souvient de Simone de Beauvoir et de son « amour nécessaire », un certain Jean-Paul Sartre qui l’attendait en s’exerçant au yo-yo, la distraction à la mode. Tous deux professeurs de philosophie, l’une à Rouen au lycée Jeanne d’Arc et l’autre au Havre, ils se retrouvaient pour partager davantage qu’un petit noir dans ce décor Art-Déco, entre 1932 et 1936.

 

Un Castor sans Pollux

Et il est vrai que les dépenses de la jeune philosophe (elle est née en 1908) lors de son passage à Rouen, hormis ses repas à la brasserie Paul (située alors rue Grand Pont) qui était à la fois sa cantine et son bureau, n’étaient pas celles d’une milliardaire. Elle louait une modeste chambrette à l’hôtel de La Rochefoucauld en face de l’église St Romain, puis à l’hôtel du Petit Mouton dans une rue à la réputation douteuse. « …c’était dans une venelle… une vieille maison de style normand… A droite se trouvaient des chambres de passe, à gauche logeaient des pensionnaires… » Simone de Beauvoir, alias « Castor », nous raconte dans « La force de l’âge » l’histoire de cette ruelle. Mais au fait, pourquoi Castor ? Tout simplement le surnom que lui avait donné André Herbaud, l’un de des amis normaliens. Il sera ensuite repris par Sartre car « Beauvoir » est proche de l’anglais « beaver » signifiant castor. CQFD.