Le manque de recul rend l’édifice difficile à photographier. Très large, avec deux tours en décalage de la nef et des portails latéraux, sa façade longue de 61 m semble pouvoir s’inscrire dans un carré. De chaque côté, des tours hautes de 75 et 82 m, sans oublier la flèche qui tutoie le firmament à 151 mètres. C’est à l’époque de son achèvement, la plus haute flèche française qui fait de la cathédrale rouennaise la construction mondiale la plus élevée puisque la pyramide de Khéops ne culmine qu’à… 137 m (141,58 m  lors de sa construction). Gustave Flaubert en personne monte au créneau, dénonçant une « tentative extravagante de quelque chaudronnier en folie ». Même son de cloche pour Guy de Maupassant devant cette « surprenante aiguille de bronze laide, étrange, démesurée » ainsi que pour Viollet-le-Duc. Eugène Noël quant à lui, est plus mesuré et poétique pour ce « chemin de fer vers le ciel ». Claude Monet qui connaissait le même problème de cadrage pour  sa série célèbre des « Cathédrales » avait  tranché.  Ne peignant que ce qu’il pouvait voir,  il ne représentait qu’une partie du monument sur ses toiles.

Une vénérable grande dame 

La cathédrale Notre-Dame est très ancienne comme en témoigne sa crypte du 11e siècle. Guillaume, qui n’est pas encore surnommé le Conquérant mais le Bâtard, assiste à sa dédicace en 1063, trois ans avant la bataille d’Hastings. Quatre-vingts ans plus tard, on décide de faire table rase car l’archevêque de Rouen Hugues d’Amiens, lassé de son église romane s’enthousiasme pour  la voûte sur croisée d’ogives de Saint-Denis. Un peu jaloux, il veut rivaliser lui aussi en exigeant des voûtes de pierre et des verrières généreuses. La construction débute par la tour Saint-Romain. Ce sera ensuite la façade, puis la nef et une fin de travaux au milieu du 13e siècle malgré un incendie en 1200. Malgré tout, la cathédrale est perpétuellement en travaux soit pour réparation ou restauration, soit  pour son entretien.  La façade permet de comprendre la mutation continuelle de l’édifice. Si la première au 12e siècle était sobre, peu ornementée  et avare en ouvertures, deux siècles ans plus tard, ce dépouillement n’était plus d’actualité à l’apogée du gothique rayonnant. Le décor devient très riche en statues et remplages élégants. Plus tard au 16e siècle, le portail est encore remanié  pour ouvrir une rose en supprimant la partie médiane. C’est l’époque du  style flamboyant alors même que la Renaissances’installe en Normandie. Pour preuve, l’Hôtel des Finances  à l’ouest de la place. « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » conseillait Boileau au 17e siècle…