Raymond Duchamp Villon, sculpteur normand, a réalisé en 1911 une remarquable tête de Baudelaire (Image à la Une).

Est-ce un petit indice pour savoir qui a fait poser, et pour quelles raisons, cette plaque sur l’un des murs d’une maison située dans le passage des Anciens Moulins. Saura-t-on un jour ?

Charles Baudelaire : L’homme et la mer.

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables ! 

 

Enfin la clef du mystère :

Nouveau message sur P’tit Pat’ Rouennais le 28/03/2018

… Je suis celui qui a gravé la plaque de pierre « l’homme et la mer » dans le passage des anciens moulins.
J’ai gravé ce texte dans l’idée d’apprendre la gravure sur pierre dans le cadre de mon tour de France chez les compagnons. La pierre de Vernon est rare, et elle n’est théoriquement plus extraite que pour les chantiers de restauration des monuments historiques de Rouen. Une fois que cette gravure à été finie, je ne savais pas bien quoi en faire: je voulais apprendre à graver, pas posséder une gravure si grande, même si j’aime beaucoup Baudelaire.
J’ai alors pensé à rendre la pierre à la ville.
Avec quelques amis, nous avons organisé la pose de la pierre: tout était préparé à l’avance et nous n’avons eu qu’à porter la pierre jusqu’au passage des anciens moulins et à la fixer grâce aux tiges de cuivre que j’avais préalablement encastré dans la pierre. L’opération a duré 5 minutes, un soir de juillet 2011. Puis nous sommes allé boire une bière.
Je ne voulais pas que Rouen soit une ville musée, figée dans l’histoire, et c’était pour moi une manière de montrer que la ville appartenait à ses habitants.
C’était quelque chose d’un peu fou, et je trouvais que c’était beau.
Je suis maintenant compagnons tailleur de pierre, et je repense à ces années avec émotion.
Maintenant vous en savez plus sur cette gravure, je vous prie cependant de ne pas oublier mon nom.

E. T.

 

© Daniel Caillet, 2018