La ville de Rouen s’apprête à passer au vert

Environnement. Les premières réalisations des travaux d’aménagement du centre historique, très minérales, ne reflètent pas l’esprit du projet Cœur de Métropole, qui prévoit une augmentation significative des espaces végétalisés.

Qu’on soit épris de nature ou pas, il faut bien reconnaître que les premières réalisations du projet Cœur de Métropole sentent plus le goudron que la chlorophylle. Rue des Carmes, où l’aménagement du plateau piétonnier s’achève, pas un bac à fleurs sur le vaste billard d’asphalte rouge. À Verdrel, le granit de l’esplanade Marcel-Duchamp a gagné du terrain sur le square, déjà ratiboisé sans demi-mesure pour redonner au poumon vert de la ville son caractère d’origine. Que dire du projet d’aménagement du parvis de la gare, tel que présenté sur le site internet de la Métropole, où la végétation est réduite à la portion congrue… Après l’abade quarante-six platanes sains sur l’esplanade Saint-Gervais, à l’été 2016, c’est à se demander, décidément, si la nature est ici vraiment désirable.

On inspire un bon coup et on va toquer à la porte des services de la Métropole, dans l’immeuble Vauban de la Luciline – autre « éco-quartier » en devenir où le verre et le béton occupent la quasi-totalité de l’espace. Olivier Rusch, directeur général adjoint en charge des espaces publics et de la mobilité durable, en appelle à « un peu d’objectivité dans les débats, en particulier celui du minéral et du végétal ». Ces deux projets, le parvis de la gare et Cœur de Métropole – qui comprend le réaménagement de l’espace public dans trois quartiers du centre historique – « répondent à un enjeu majeur d’attractivité, rappelle-t-il en premier lieu. Nous les menons à marche forcée pour que change l’image de la ville au moment de l’Armada [en juin 2019, NDLR]. Chacun des programmes fait l’objet de procédures de concertation, d’information et de communication. Cœur de Métropole était dès le départ très précis : selon la volonté des élus, il s’agissait d’améliorer de façon absolument significative la place des espaces verts en ville. »

La place Henri-IV repensée comme un square

De fait, cette volonté se traduit dans le programme, qui fait l’objet d’ajustements permanents, par un effort conséquent de végétalisation de l’espace urbain. Audrey Gourlaouen, directrice du projet Centre historique de Rouen, Cœur de Métropole, en dévoile les détails de la dernière version : quartier Vieux-Marché, des places de stationnement supprimées rues Rollon et Guillaume-le-Conquérant au profit de rangées d’arbres ; le temple Saint-Éloi encadré d’un espace vert créé dans l’esprit d’un pré-verger conservatoire ; la place Henri-IV repensée comme un square avec une ambiance de verger fleuri, etc.

Arrive le gros morceau, qui ne manquera pas de faire réagir les Rouennais. « C’est décidé, les élus l’ont validé, en concertation avec la commission environnement et biodiversité de la Ville », annonce Audrey Gourlaouen : les tilleuls de la place de la Cathédrale seront coupés cet hiver. « Ils sont plantés très serrés, tout déformés, en souffrance. L’herbe ne pousse même pas à leurs pieds. » Et par-dessus le marché, le miellat excrété par les pucerons qui les colonisent dissuade même les touristes de faire une pose à l’ombre. Ils seront remplacés par des jardins retravaillés avec diverses strates arborées, « des arbres qui fleurissent et qui sentent bon ».

Bilan des courses, Cœur de Métropole, c’est un solde plus que positif niveau végétal : + 2 009 m² de pavage avec joints enherbés, + 5 830 m² de massifs, cinq arbres déplacés, 66 arbres coupés, 191 plantations d’arbres ou cépées (en troncs divisés). On apprend au passage qu’il n’est plus question d’abattre quatre cents arbres sur le tracé de la future ligne T4. Certains seront déplacés, d’autres supprimés, mais « seulement aux endroits où il y a nécessité absolue », affirme Audrsey Gourlaouen. Quant au parvis de la gare, le paysagiste a été prié de repenser le projet suite à la présentation faite aux élus en juin, en pleine canicule. La nouvelle mouture présente une proportion de végétaux nettement plus généreuse.

Enfin, à propos des Carmes et de Verdrel, il se trouve que ces programmes étaient antérieurs au projet Cœur de Métropole, auquel ils ont été intégrés en cours de route.

Françoise Lesconnec, adjointe EELV au maire de Rouen chargée de l’environnement, consent qu’on ne puisse réinventer les projets existants. « Verdrel, on en parle depuis 2008 et à cette époque, l’adaptation au réchauffement climatique était une notion moins débattue qu’aujourd’hui. Mais la preuve en est que, dès lors que l’on considère que l’environnement a sa place dans la genèse des projets, le débat peut avoir lieu. C’est le cas pour Cœur de Métropole et le parvis de la gare. » Il n’y a guère qu’un an que l’élue écologiste de la ville centre est invitée aux réunions du comité de pilotage de Cœur de Métropole. Mais le « travail de conviction mené au quotidien, au sein de notre groupe de l’équipe municipale », finit par porter ses fruits. « Il y a de l’écoute, ça progresse. »

Or la période est cruciale, car à l’automne débutera la phase d’élaboration du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI). « Là, on a une carte à jouer. Soit on la joue maintenant, soit on la rate pour trente ans », assure Françoise Lesconnec, qui plaide pour l’introduction de la notion de trame verte dans tous les règlements d’urbanisme, c’est-à-dire « intégrer les réseaux écologiques au même titre que les réseaux d’eau, d’électricité, de déplacement. Ainsi, on aura la place de la nature en ville du XXIe et du XXIIe siècles. »

Bonne nouvelle : sa dernière réunion en date avec le maire Yvon Robert, fin juillet, « laisse augurer des progressions importantes ».

Paris Normandie

© Daniel Caillet, 2017