Le label « Maisons des illustres »  créé « pour signaler au public les lieux dont la vocation est de conserver des collections en rapport avec des personnalités et de leur donner une meilleure visibilité » permet de mettre en valeur des demeures remarquables par leur histoire et ceux qui les ont habitées. Lancé par le ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterand en septembre 2011, il est valable cinq ans et peut être renouvelé. En contrepartie, l’édifice doit être ouvert au moins 40 jours par an sans vocation commerciale principale. A ce jour plus de 200 sites ont été retenus dont la maison natale de Pierre Corneille à Rouen.

« Maisons des Illustres » sur le site www.culture.fr

 

 

A l’époque des frères Corneille, Pierre et Thomas, son cadet de 20 ans, deux maisons étaient accolées, héritage du père, Maître des Eaux et Forêts. Celle de Pierre était la « petite », plus étroite mais plus haute. Elle aurait bien pu disparaître au 18e siècle, si l’ambitieux projet du nouvel Hôtel de Ville imaginé par Matthieu Le Carpentier avait vu le jour. Heureusement pour le père de la tragédie, sa construction débutée en 1758, n’ira pas au-delà des fondations (maquette au Musée des Beaux Arts). En 1858, afin d’élargir la chaussée, la maison sera reconstruite en retrait de 2 m. Une tablette de marbre indiquait alors « Ici est né, le 9 juin 1606, Pierre Corneille » vite remplacée par une autre rectificative. Une ancienne photographie de 1884, montre la rue ornée d’une toile peinte représentant la maison natale, au cours d’une cérémonie organisée en l’honneur de l’écrivain. Puis, le bistrot Lemercier s’y installera et l’on pouvait voir à cette époque le buste du tragédien sur un socle en façade, petit patrimoine disparu, alors qu’une belle descente d’eaux pluviales a été sauvegardée.

Le musée Pierre Corneille est exclusivement consacré au grand dramaturge rouennais. Hébergé dans sa maison natale à proximité de la place du Vieux-Marché, Corneille y est né le 6 juin 1606  et y vécut pendant 56 ans, écrivant ses pièces dont Le Cid.

Située autrefois au N° 17 de la  rue de la Pie (aujourd’hui N° 4) sur la paroisse St Sauveur dont Corneille fut marguillier (laïc, membre du conseil de fabrique, chargé de l’administration des biens de la paroisse), la maison avait été acheté par son grand-père en août 1584. Constituée de deux logis contigus, la « petite maison » (dans laquelle naît Pierre) et la « grande maison » (dans laquelle naît son frère Thomas et sa sœur Marthe, future mère de Bernard Le Bouyer de Fontenelle, neveu des deux frères).  A la mort du père en 1639, Pierre et Thomas héritent des maisons respectives tandis que l’ensemble reste une propriété  indivise avec un jardin et un puits commun, un jardin disparu en même temps que la « grande maison » lorsqu’est percée une rue derrière la propriété. En 1683 peu avant sa mort l’année suivante Pierre revend sa maison 4 300 livres à un chirurgien afin d’obtenir une rente pour sa fille Marguerite qui  devient religieuse dans un couvent sous le nom de Sœur de la Trinité. La maison change dès lors plusieurs fois de propriétaire, un serrurier, un cabaretier…

Constitué en 1906 à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Corneille, un comité de rachat réunit des fonds et en 1912 fait don de la maison à la ville de Rouen.  Celle-ci entreprend sa restauration, notamment la façade sud reconstruite par l’architecte rouennais Georges Ruel vers 1856 en raison de l’élargissement de la rue. En 1917, le bibliophile rouennais Édouard-Mélite Pelay fait don au musée qui sera inauguré en 1921 de sa riche bibliothèque cornélienne comprenant des éditions originales, des gravures, des estampes et de  nombreux documents relatifs à la famille Corneille. La façade du musée actuel comporte un rez-de-chaussée en pierre avec une porte en chêne, trois étages surmontés d’un comble. La façade sud donnant pignon sur rue, bien qu’elle ne soit pas d’origine, est typiquement normande avec ses pans de bois à grille ornés de petits motifs sculptés, son essentage d’ardoise, ses poutres en croix de St André. Les parties authentiques restent la façade postérieure, la cave, les murs latéraux et le puits. L’intérieur réunit des meubles de style Louis XIII reconstituant le cabinet de travail de Corneille mais seul le secrétaire d’ébène est authentique…

 

© Daniel Caillet, 2014