Un logement de 118 m2 situé rue de Bihorel, à Rouen (Seine-Maritime), a récemment été restitué à la Ville par le diocèse.

 

Logé gracieusement, le diocèse de Rouen bientôt prié de payer des loyers à la Ville

Le diocèse de Rouen occupe de nombreux locaux municipaux à titre quasiment gracieux. Le Ville veut obliger l’Église à payer un loyer, au même titre que les autres associations.

La Ville de Rouen (Seine-Maritime) met de l’ordre dans son patrimoine. En y regardant d’un peu plus près, la municipalité s’est aperçue que le diocèse de Rouen occupait plusieurs locaux municipaux, quasi-gracieusement.

La Ville souhaite récupérer ces mètres carrés ou faire payer un loyer à l’Église, au même titre que toutes les autres associations qui occupent des locaux lui appartenant. Le diocèse n’est officiellement pas au courant, mais devrait être avisé rapidement.

50 associations sur liste d’attente

Le ménage est mené par le bien nommé Manuel Labbé, adjoint communiste au maire de Rouen. En 2014, à son arrivée aux responsabilités, il a passé un premier coup de balai. « Nous recevons beaucoup de demandes de la part d’associations qui souhaitent être logées et nous n’avons plus de locaux disponibles », constate l’élu.

Le « travail de longue haleine » engagé dès 2014 consistait alors à recenser les occupations de locaux municipaux. Quatre-vingt associations sont aujourd’hui logées par la Ville sur les 400 subventionnées. En novembre 2017, selon nos informations, une cinquantaine réclamaient encore un logement et étaient sur liste d’attente.

« Des conventions caduques et des loyers non revalorisés »

Dans le cadre de ce grand ménage, des maisons habitées – ou pas – par le diocèse de Rouen, sont particulièrement visées. « Les conventions qui nous lient sont caduques. Toutes ont expiré entre 1946 et 1959 et les loyers non jamais été revalorisés », indique Manuel Labbbé. Autrement dit, l’occupation de ces locaux par le diocèse pourrait être considérée comme illégale.

Sur cette base de travail, une commission pour l’attribution des locaux a été constituée afin d’établir « une liste de critères » qui permettra une transparence totale. « Nous souhaitons arriver au principe d’un loyer de 10 % de la valeur locative. » La Ville fait la quête et le diocèse devra mettre la main à la poche.

Autre objectif souhaité par la municipalité, « le partage des locaux entre les associations ». Sont concernés par cette nouvelle démarche cinq presbytères. Des maisons faisant souvent plus de 100 m2. Rue de Constantine et plus récemment, rue de Bihorel, deux maisons ont ainsi été restituées par l’Église.

« Privilégier un tissu associatif qui n’est pas cultuel »

« Soit le diocèse paye un loyer, soit il devra restituer les locaux. S’il ne veut plus occuper ces logements, nous pourrons les mettre en vente ou loger des associations », résume le cabinet du maire. Selon la Ville, « il ne s’agit en aucun cas d’un oukase. Les discussions sont en cours et se font sans heurt ».

« Il ne s’agit pas de stigmatiser le diocèse. Nous voulons mettre tout le monde à égalité », insiste Manuel Labbé, qui concède que sa « sensibilité communiste [l’invite] à privilégier un tissu associatif qui n’est pas cultuel ».

Le diocèse n’est pas au courant… sauf que

Tout s’accélère en cette fin d’année 2017 puisque le maire de Rouen, Yvon Robert, a donné un blanc-seing à son adjoint en octobre, pour appliquer cette politique. Mais visiblement, le diocèse n’est pas encore au courant. « Il n’y a aucune discussion sur les conventions qui nous lient. Il n’y a aucune velléité de la Ville de nous imposer des loyers », assure ainsi Régis Mabille, économe diocésain.

Peut-être n’est-il pas au courant d’une réunion qui s’est tenue entre le maire et l’archevêque à ce sujet, en 2016, dans le bureau d’Yvon Robert, à l’hôtel de ville ? Tout juste Régis Mabille concède-t-il qu’il y a eu « des discussions totalement informelles ». En effet, aucun courrier officiel n’existe à ce sujet, mais oui, l’opération est bel et bien en cours.

Cette nouvelle contrainte, qui pourrait bientôt s’abattre sur le diocèse, n’inquiète visiblement pas Régis Mabille :

À chaque fois que des municipalités aux alentours de Rouen ont souhaité instaurer un loyer, cela a été mis sous le boisseau et rien n’a changé.

L’Église aura-t-elle assez de pouvoir, une fois de plus, pour « mettre sous le boisseau » cette initiative ou M. Labbé parviendra-t-il à ses fins ? « Si nous l’imposons aux autres associations, il n’y pas de raisons que le diocèse ne paye pas », prévient l’élu communiste, bien décidé à ne pas céder. Amen.

 

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© Daniel Caillet, 2017