Une nouvelle action de sauvegarde à mettre à l’actif de notre association.

P’tit Pat’ Rouennais vient d’acquérir une plaque d’octroi que l’on pensait disparue à jamais. Cet exemplaire N° 2 matérialisait la limite rouennaise près du pont d’Eauplet.

La plupart de ces éléments de petit patrimoine n’est plus dans le domaine public, souvent volés par des amateurs peu scrupuleux (exemple de la plaque N° 37 à la limite de Mont-Saint-Aignan, rue Edouard Fortier).

 

 

 

Georges Vanier nous en fait une description savoureuse :

« Tout ce qui entrait dans la ville payait un droit ; non seulement les liquides, mais les viandes sur pied ou débitées, la charcuterie, les poules et les canards vifs ou morts, les lièvres, les lapins, les perdrix à l’époque de la chasse, les poissons, les fruits, les légumes, les pâtes, les fromages, le beurre et les œufs, les combustibles (bois, charbon de bois, bûches, fagots), les bougies, les chandelles, les fourrages, les briques, les ardoises, les tuiles, le sable, la chaux, le plomb, le verre, bref, tout ce qui servait à la construction. Oh ! C’était une belle institution ! »

Et encore : « Que d’embouteillages, l’on voyait aux barrières, route de Neufchâtel et au Mont-Riboudet par exemple ! Et comme il était difficile de sortir de la gare, de la rue Verte, à la période de la chasse. Les « octroyens » avaient l’œil et il n’était pas facile de passer un lièvre en fraude, même en le confiant à un voyageur qui, sans fusil, risquait moins d’attirer l’attention. Malgré la faible lueur des réverbères, il était malaisé de tromper l’autorité ».

 

L’impossible impôt

Les octrois dont l’origine est moyenâgeuse étaient pour la plupart situés au pourtour de la ville et représentaient une part substantielle des ressources municipales. Juste avant la première guerre mondiale, c’était presque la moitié des recettes. Mais la gêne pour le commerce et la circulation ainsi qu’un coût de perception prohibitif vont entraîner une chute spectaculaire du rendement.

Plusieurs fois repoussée, la suppression de l’octroi prend effet le 1er juillet 1927, mauvaise nouvelle pour les 184 « octroyens » et les finances locales, taxes de remplacement et impôts locaux ayant du mal à se mettre en place.

Sur la trentaine de bureaux d’octrois, devenus stations de tramways ou maisons particulières, il en reste fort peu. En flânant dans la cité et avec une petite pensée pour « le douanier » Rousseau qui après la guerre de 1870 entra à l’Octroi de Paris comme commis de deuxième classe, vous pouvez toujours voir, entre autres, la maison du n°83 route de Darnétal ou le poteau à l’angle des rues Malatiré et de la Corderie.