Si Rouen a sa « fontaine aux lions » au carrefour de la Crosse (très récemment nettoyée), elle rend aussi hommage à la gent ovine tout près de la place du Vieux Marché dans l’ancien quartier des fourreurs et des pelletiers. Fort vieille, Jacques Le Lieur ne mentionne pourtant pas cette curieuse fontaine dans son incontournable « Livre des Fontaines » de 1525. Et pour cause. L’établissement de ce charmant petit point d’eau fut décidé le 11 août 1633 et sa construction réalisée une douzaine d’années plus tard, le long du cimetière jouxtant l’église Sainte Croix des Pelletiers. L’architecte-entrepreneur Pierre Barjolle en a été l’auteur talentueux. Alimentée par l’aqueduc de la source de Gaalor, l’une des trois sources principales de la ville avec celles de Carville et d’ Yonville, elle a connu bien des vicissitudes.

 

Un condensé décoratif

Déjà déplacée et privée de son bassin en 1667, la fontaine frappe agréablement le promeneur par sa discrète élégance malgré une riche ornementation dense et évocatrice. Un grotesque cornu, des figures d’hommes barbus sur des pilastres ioniques, des têtes de béliers et des guirlandes de fruits en constituent l’essentiel. Mais aussi de chaque côté, la lettre « L » en majuscule sous une couronne, une référence au « Juste » Louis XIII, roi de France à l’époque. Pour les curieux, deux interrogations demeurent. Les têtes de béliers sont-elles des représentations de l’agneau pascal ou du mouton rouennais ? Ou un rappel à l’activité principale de la population du quartier ? Quant à l’écusson central, vide aujourd’hui, portait-il les armoiries de la ville, ce qui semble probable ?

Classée Monument Historique depuis 1943, la fontaine restaurée en 1978 ne délivre plus son divin breuvage et la pose d’une plaque explicative succincte serait la bienvenue.