Bien visible de la rue St Patrice, au sud du boulevard de la Marne (jadis boulevard Jeanne d’Arc), l’hôtel de la « porte d’Arras » vaut le détour. Si sa façade extérieure présente toujours un remarquable décor sculpté d’inspiration flamande, l’ornementation intérieure a disparu lorsque l’hôtel fut annexé à l’école qui le jouxtait. Il demeure un fort témoin de la puissance du Parlement rouennais au 17e siècle, mais aussi de l’influence des Flandres, évidente dans son architecture. Il est classé Monument Historique depuis 1886.

Edifié à partir de 1633 à l’emplacement de l’ancienne porte dite  » aux rats » et condamnée en 1527 en donnant naissance à la rue Etoupée (ou « bouchée), il présente un beau porche d’entrée et deux corps de logis séparés par une cour intérieure sous laquelle on accède au souterrain conduisant à la casemate. Pension renommée en 1838, les locaux seront ensuite rachetés par le baron Estève pour son fils jésuite en 1846 et investis par la Compagnie de Jésus, dissoute et chassée en 1880. En 1882 (date gravée dans un cartouche à l’intérieur), le deuxième lycée de jeunes filles français est créé et il prend en 1896 le nom de Jeanne d’Arc. En 1910, existent déjà 6 classes de primaire et 7 classes de secondaire. De 1932 à 1937, Simone de Beauvoir y enseigne la philosophie. En 1974, il devient le collège Barbey d’Aurévilly car pour accueillir davantage d’élèves et proposer des formations nouvelles, surtout artistiques, un nouveau lycée a été construit dans le quartier est à l’emplacement du couvent des Visitandines.

 

Une insolite et discrète habitante

A la fin du 15e siècle, l’artillerie fait d’énormes progrès et il devient impératif de se protéger des canons ennemis destructeurs de murailles. On construit alors au pied du rempart (toujours visible en partie) et au fond du fossé, un ouvrage militaire dissuasif et accessible par un escalier de 37 marches, suivi d’un souterrain de 25 m. Cette casemate de 12 m sur 3 m et 4 m à la voûte, comporte six embrasures percées de meurtrières pour défendre les fossés du château Bouvreuil à la porte Cauchoise. A l’origine, on y pénétrait par l’ancienne « porte aux rats » détruite lors de la construction de l’hôtel. Sa principale curiosité est la présence d’une résurgence véhiculant l’eau dans le souterrain pour alimenter un puits de la ville. On trouve dans ce ruisselet des « Niphargus », petites crevettes cavernicoles blanches et aveugles.

De nos jours, les boulevards ayant été surélevés, la casemate se situe à 6 m sous la chaussée.