Eclairé tard dans la nuit, il était comme un phare pour les bateaux remontant la Seine.

A Canteleu, hameau de Croisset, le petit pavillon au bord de l’eau est tout ce qui reste de la belle propriété de l’écrivain qui y vivait depuis 1845. Elle avait été achetée par le chirurgien-chef à l’Hôtel Dieu de Rouen, Achille-Cléophas Flaubert, père de Gustave qui y reçut entre autres, Maupassant, George Sand, Emile Zola et Tourgueniev avant de mourir en 1880. L’année suivante, la propriété est vendue par sa nièce Caroline et s’y installe une distillerie transformée plus tard en fabrique de papier. On fait tomber les murs et on coupe les grands tilleuls de  » l’allée du gueuloir », un lieu quasi mythique où l’écrivain déclamait ses textes avant de les figer dans l’écriture. Seul oublié au bout du parc, reste le petit pavillon où il n’a sans doute jamais écrit, se contentant d’y recevoir ses amis.

 

Le « petit » patrimoine flaubertiste

En 1904, le « Comité des Amis de Flaubert » animée par l’écrivain Jean Revel, le rachète et en fait un petit musée qu’il donne à la Ville de Rouen. On y trouve entre autres la montre de Flaubert, une boucle de ses cheveux et divers portraits. Le mobilier, héritage de la famille, connaitra bien des tribulations et les manuscrits les plus importants seront légués à des institutions rouennaises et parisiennes.

Quant à la bibliothèque personnelle, meubles et livres, Caroline s’en sépare pour des raisons financières. En 1936, Louis Bertrand, heureux légataire, cède livres et mobilier à l’Académie Française, contre une rente viagère. A sa mort, les livres sont alors entreposés dans une cave du midi de la France, puis en août 1944, au château Grimaldi, l’actuel musée d’Antibes.

En 1949, l’Académie prend enfin livraison de la bibliothèque qu’elle envisage d’exposer au musée Mazarin, mais par manque de place, elle renonce à ce projet et décide d’en faire don à la Société des Amis de Flaubert.

C’est donc la ville de Canteleu qui en hérite et le 11 juillet 1952, un camion venant d’Antibes dépose 23 caisses de livres et de meubles. La bibliothèque, après un long voyage, revient à 200 mètres du pavillon. Classée Monument Historique, elle se trouve depuis 1990 dans la salle des mariages, baptisée « Salle Flaubert », du nouvel Hôtel de Ville.