Elle était Saint-Vincent-sur-Rive bien avant que la ville renie son fleuve. Une façon dans cette paroisse à population cosmopolite, de couper les vins déchargés sur les quais sous la protection du patron des vignerons, St Vincent, celui qui « clair et serein annonce année de bon vin ». Edifiée il y a cinq siècles, elle était un véritable joyau, presque à la hauteur de sa célèbre grande sœur St Maclou. Jusqu’en 1649, l’église bénéficia d’un privilège lui permettant de percevoir un droit sur le sel remonté à Rouen par les bateaux. Le petit porteur de sel qui gardait le souvenir de ce droit dans une niche de la sacristie, disparut en 1944. A l’ouest était la façade avec son portail gothique sous un porche polygonal de 1490. On pouvait y contempler un bas-relief du « Jugement dernier » d’après Michel Ange. Le clocher daté de 1669 ne sera jamais achevé. Au sud, élevé en 1515, situé dans le prolongement de la rue Haranguerie, le beau portail à trumeau est le seul reste lapidaire conservé de nos jours au beau milieu d’un traçage partiel sur le trottoir des murs de l’ancien édifice. Une plaque explicative serait la bienvenue pour la compréhension d’une page d’histoire dramatique et polémique.

 

 

Remake du « Jugement dernier »

Il faut en effet savoir que l’on a gardé le strict minimum des vestiges de l’église qui après avoir été épargnée lors de la création de la rue de l’Impératrice, devenue rue Jeanne d’Arc, fut anéantie le 31 mai 1944. Certes, après le bombardement, il semblait ne rester que le crucifix du chœur restant accroché parmi les ruines. Certes, le percement de la rue du Général Leclerc et de la rue du Général Giraud dans les années 50 nécessitait un espace suffisant, mais avec un léger décalage de voirie qui existe de fait, on pouvait conserver un ensemble significatif de ce site emblématique. Fort heureusement, les vitraux de la fin du 15e siècle et du siècle suivant, avaient été déposés en 1939 et gardés en caisse à Niort, ce qui permit de remonter ceux du chœur dans la nouvelle église Sainte- Jeanne d’Arc.

© Daniel Caillet, 2014