En observant sur un plan la disposition des plaques comportant l’inscription « Ville de Rouen – 1860 », on remarque qu’elle se prolonge vers Darnétal, Saint-Martin du Vivier et Fontaine sous Préaux (plaque sur l’église à 68,38 m).

 

 

Cette observation m’ a amené à l’hypothèse d’un lien avec la distribution de l’eau à Rouen, hypothèse confirmée par des recherches aux Archives Départementales de Seine-Maritime.

En effet, un constat sur l’eau vers 1850 montre que les habitants ne disposent que de seulement 23 litres / habitant / 24 heures et que cette distribution ne se fait pratiquement que par des fontaines publiques situées au sud d’une ligne Hôtel-Dieu / Saint-Ouen (la rive gauche n’est pas alimentée).

En 1859, une décision municipale a été prise afin de « faire circuler l’air et le soleil dans les quartiers populeux pour assurer le bien-être de nos concitoyens ». L’eau va y être ajoutée.

Une commission « spéciale des eaux » est instituée et composée entre autres de MM les Ingénieurs Le Basteur et Cazavan (rapporteur). Le rapport de cette commission approuvé par le Conseil Municipal du 8 juin 1860 préconise de capter les eaux du Robec à Fontaine sous Préaux permettant ainsi de les amener à Rouen à une altitude de 63 mètres (les sources historiques de Rouen – Gaalor, Saint-Jacques, Saint-Filleul, Notre-Dame – sont à environ 20 mètres d’altitude) et aussi d’apporter 120 litres d’eau en plus par jour et par habitant. Le coût total est estimé à 3 millions de francs avec dans une première étape des études définitives pour 12. 000 francs.

Aussitôt les études de ce projet approuvées par le Ministre des Travaux Publics le 2 juillet 1860, les deux ingénieurs se mettent au travail et très rapidement un plan de nivellement général est rendu.

402 repères en fonte sont fournis en septembre 1860 par le sieur Lacroix, fondeur à Rouen, boulevard Saint-Hilaire afin de matérialiser sur le terrain les altitudes. Elles seront posées par l’entreprise Dumouchel, entrepreneur à Rouen.

 

 

 

Concernant la distribution de l’eau, de nombreux rebondissements vont encore survenir et retarder les travaux de distribution (problèmes financiers, opposition des habitants et industriels de Darnétal, guerre franco prussienne). Un nouveau projet (Mary-Belgrand) sera adopté par le Conseil Municipal le 26 février 1868 et les travaux se termineront enfin vers 1880.

Beaucoup de ces plaques ont disparu mais 150 ans après leur mise en place on peut encore en voir 65 répertoriées à ce jour – Avis aux bonnes volontés pour en retrouver d’autres !

 

 

© Daniel Caillet, 2017