Enfants trouvés du XVIIe siècle à nos jours.

« Je viens spécialement de Bretagne pour cette exposition. Ah c’est vrai, je ne vous ai pas dit… je suis une enfant trouvée. » Nombreux sont en effet les visiteurs directement concernés par la problématique de l’abandon, assistant avec émotion et une parfaite attention à la visite-conférence du Musée Flaubert *. Une visite qui aborde sous maints aspects l’évolution de la maternité secrète et des mentalités, mais aussi les dispositions nouvelles de l’accouchement sous X et les procédures d’adoption.

Au travers d’objets, de photos, de tableaux et de panneaux explicatifs judicieusement mis en scène, on peut suivre l’historique des tours d’abandon comme celui de l’Hospice Général de Rouen, installé en 1813 et qui reçut « en dépôt » une moyenne de 678 enfants par an.

Ces trappes tourniquets d’un autre âge seront, clin d’œil de l’histoire, eux aussi abandonnés en 1904 pour être remplacés par des « bureaux ouverts » où les mères devaient obligatoirement se présenter. Fini donc l’anonymat et son corollaire indissociable de la lâcheté, volontaire ou subie d’un acte pas toujours responsable. Et si l’instauration en 1941 de l’accouchement sous X, règlera ce délicat problème en France, la réapparition des tours dans certains pays européens donne à penser.

La sensation de mal être est à son comble devant la vitrine des « remarques » laissées en même temps que les enfants abandonnés. Seul espoir pour les mères trop pauvres de retrouver un jour leur enfant, ces menus objets insignifiants pouvaient être un morceau d’étoffe, un billet griffonné, voire une carte à jouer coupée en deux. La seconde moitié était destinée à une identification certaine.

Mais pourquoi abandonne-t’on un enfant ? Pourquoi cette acte sans retour ? Les causes sont multiples et complexes, du dénuement extrême au désir de dissimulation d’une naissance illégitime.

Une visite de réflexion qui interpelle sur l’histoire de notre société, pour mieux comprendre les problèmes d’autrefois lorsque pauvreté, insalubrité, promiscuité et ignorance alliaient leurs forces néfastes pour le plus grand malheur des plus faibles.

Au final, trois questions restent posées avec des réponses très incertaines :

L’anonymat de la mère doit-il toujours être respecté ?

L’avis et les aspirations du père peuvent-ils être ignorés ?

Enfin et surtout, peut-on interdire à un enfant l’accès au secret de ses origines ?

* Musée Flaubert,  exposition du 18 janvier au 14 juin 2008.

 

 

 

© Daniel Caillet, 2014