L’une des scènes rouennaises les plus courues fut construite en 1792 à l’emplacement de l’ancien jeu de paume de la Poissonnerie ou du Cignot de la place du Vieux-Marché. C’était la  « salle des éperlans », surnom peu flatteur du à la proximité de la halle aux poissons. Dirigé par « Ribié », il proposait 1200 places et sera modifié et restauré en 1887 et 1895 pour rendre son accès plus facile. Un vestibule au plafond décoré d’une muse tenant le médaillon de Corneille remplaça alors le labyrinthe conduisant aux guichets. Temple de l’opérette et des revues, il proposera ensuite comédies et drames. Sa banale façade était agrémentée d’une généreuse marquise qui sera détruite. Le théâtre se prolongeait jusqu’à la rue Saint-Eloi.

Rebaptisé « Théâtre de la République » après son ouverture, il devient en 1838 le « Gymnase rouennais » mais retrouve six mois après son nom originel.

Au début du 20 e siècle, il est dirigé par Louis Stréliski, puis par Pierre Dorly à partir de 1933, une seconde jeunesse après une menace de fermeture. C’est l’époque des revues de Paul Girardeau qui faisaient courir le Tout Rouen.

En 1940, première salle rouennaise à rouvrir ses portes le 26 juillet au bénéfice des Allemands, il est réquisitionné par la « Propaganda-Staffel » qui le transforme en théâtre militaire, le « Deutches Soldatentheater ». Se produisent entre autres, le violoniste Jacques Thibaud, la pianiste Monique de la Bruchollerie et l’actrice Cécile Sorel (Image à la Une) venue jouer le « Roi Christine ». L’actrice échappe de peu aux bombardements du 19 avril 1944 qui détruisit l’édifice. A peine une heure avant, 1200 spectateurs étaient présents.

En juin 1875, M. Foy, peintre décorateur du théâtre, élève une porte surmontée d’un château sur la place du Vieux-Marché à l’occasion des cérémonies du centenaire de la naissance de Boïeldieu. Elle évoquait le château des comtes d’Avenel « dont les créneaux touchent le ciel » (« Dame Blanche », œuvre principale).

 

 

 

© Daniel Caillet, 2016