Un musée époustouflant mais pas spécialement inspirant, à priori pas de ceux qu’on placerait en tête de liste. Et même en sachant que la collection de 15 000 pièces de ferronnerie est unique au monde, on pense y mourir d’ennui.

Pourtant, l’ancienne église St Laurent aujourd’hui dédiée à la célébration des arts du fer réserve une quantité d’émotions muséales, une déferlante de stupéfaction, d’admiration, de plongeon dans un passé humble ou prestigieux, mais surtout, une certaine sympathie pour les passionnés qui lui ont consacré leur vie.

Tout débuta au 19 e siècle lorsque Henri Le Secq des Tournelles se mit à collectionner les objets en fer les plus étonnants et les plus hétéroclites, des grilles de châteaux aux couteaux de cuisine, des serrures sophistiquées aux cabochons de souliers.

Mais il ne s’est pas contenté d’amasser des trésors, il a aussi transmis la manie de la « collectionnite » à son fils Henri. Difficile d’imaginer les merveilles accumulées au fil des décennies par ces amoureux du fer. Les enseignes les plus ouvragées surplombent des coffres bardés de renforts, aux mécanismes réglés au micron. Les briquets succèdent aux lits à baldaquin, les dés à coudre aux balustrades.

La présentation nous conduit à découvrir une multitude d’ustensiles dont l’usage si familier à nos aïeux s’est perdu, préférés aujourd’hui dans un autre matériau. On a oublié ces objets qui jadis avaient leur place dans la rue, à l’église, dans l’âtre, sur la table, et même dans la parure…

La maestria des artisans et la finesse de certaines pièces émerveille. Saurait-on encore les fabriquer de nos jours ?

Gagnés par la fascination des Le Secq des Tournelles pour ce matériau aux mille métamorphoses, on a envie de les remercier d’avoir partagé leur dévorante passion en léguant leur collection à la ville en 1921.

 

La légende de l’Arbre Sec

L’emblème du musée est l’enseigne d’un drapier provenant de Paris. Elle a donné son nom à une rue près du quai de la Mégisserie, la rue de l’Arbre Sec.

Un arbre qui fait référence à une légende car les pèlerins de Terre Sainte se recueillaient devant un chêne creux et desséché qui dit-on, datait du commencement du monde. Il était resté vert jusqu’à la Crucifixion, mais c’est alors que tous les arbres de l’univers se desséchèrent. De quoi marquer les esprits ! Cet arbre devenu célèbre en Occident évoquait l’Orient et ses luxueuses étoffes et c’est sans doute la raison du choix du commerçant.

Mais pourquoi à son tour, le musée a-t’il sélectionné cette œuvre pour le représenter ?

Tentons une explication un peu hasardeuse. Le donateur de la collection étant Henri Le Secq des Tournelles, la raison pourrait être l’homophonie, Le Secq, l’Arbre Sec.

En outre, l’arbre symbolisant la famille en généalogie, en supposant qu’Henri n’a pas eu d’enfant, il était bel et bien un arbre sec. Et il est troublant d’apprendre que c’est en faisant des recherches généalogiques à Rouen qu’il a pris la capitale normande comme légataire de sa collection, magnifique trace concrète de son passage sur terre.

© Daniel Caillet, 2018