Si l’alchimie est une science occulte centrée sur la recherche d’inspiration spirituelle, ésotérique ou d’un remède universel, que penser de certaines représentations bizarres ornant quelques façades rouennaises ? Un circuit mystérieux attend les plus curieux.

  • Rue Etoupée, une superbe bâtisse Renaissance au n°10, dite « Cité de Jérusalem » datée 1580. En façade, trois bas-reliefs nous content une belle histoire ; celle de deux frères pèlerins (ou d’un Maître et de son apprenti) qui voyageant séparément depuis de nombreuses années, se retrouvèrent dans la ville sainte en y pénétrant par des entrées opposées.
  • Négociant en tissus, l’homme qui demeurait et exerçait sans doute son activité rue Eau de Robec au n°186, partit un jour sur son cheval en direction d’Elbeuf pour y négocier quelques affaires. Mais arrivé à la forêt des Essarts, des bandits de grand chemin lui tendent un piège, le dévalisent et le laissent pour mort. La réaction de l’animal est étonnante et il réussit à retrouver son point de départ rouennais. Les voisins se mettent alors en route et retrouvent notre homme qui sera finalement sauvé. Par gratitude, il installera au-dessus de sa porte une superbe frise représentant le cheval sans son cavalier, quittant la forêt et se dirigeant vers des tours et remparts symbolisant la ville.
  • L’Hôtel de Bourgtheroulde nous présente à la fois la salamandre (emblème de François 1er), un « homme sauvage » bien mystérieux et le Phénix, oiseau fabuleux, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s’être consumé sous l’effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.
  • Au 83 de la rue d’Amiens, une très belle maison à la façade de bois avec une inscription énigmatique « Havre d’Ecose », et des indiens au regard inquisiteur surveillant la rue.

Puis, les photographes en quête d’insolite ne manqueront pas de fixer la maison fantaisiste « Le Vieux Logis » du Maître Huchier Charles Morel place de la Rougemare, comme celle de la « Rémore », rue Eugène Dutuit. Mais aussi la fontaine du lion et la frise aux lions rue de Fontenelle, le cygne d’une vieille auberge 47 rue Cauchoise, la méduse rue Eau de Robec, la statue de Nicéphore Niepce rue Jeanne d’Arc et le tympan du portail St Jean de la Cathédrale.

Enfin, les « grotesques », rieurs, tristes, inquiétants, menaçants ou inquisiteurs, toujours extravagants, fantastiques ou énigmatiques sur nombre de façades resteront une mine inépuisable pour rester un plus en pensée, dans cet univers étrange et mystérieux d’un Rouen trop méconnu.

 

© Daniel Caillet, 2016