Si Jean-Martin Charcot, neurologue célèbre, avait exploré les « terra incognita » de la pathologie nerveuse, son fils Jean-Baptiste, né le 15 juillet 1867, deviendra l’un des plus grands explorateurs polaires du 20e siècle. Robert Falcon Scott, autre figure marquante de l’âge héroïque de l’exploration en Antarctique, l’affubla d’un sobriquet resté célèbre : « The Polar Gentleman ». Après une longue absence française dans le domaine de la recherche polaire et la découverte de la Terre Adélie par Dumont d’Urville en 1840, Charcot effectue deux expéditions capitales, avec le « Français » en 1903-1905, puis en 1908-1910 à bord du « Pourquoi Pas ? ». Un drôle de nom pour un navire, mais après tout, pourquoi pas, pourrait-on dire. En fait, il l’avait appelé ainsi, car dans son enfance, quand on lui demandait ses raisons de devenir marin et explorateur, Jean-Baptiste répondait invariablement : « pourquoi pas ? ». Naviguant dans des conditions extrêmes en bordure de banquise, il longe la Terre de Graham et découvre un territoire inconnu qu’il baptise « Terre Charcot » en l’honneur de son père. Les résultats de ses missions ont de quoi impressionner. Des milliers de kilomètres de côtes reconnues, des cartes marines d’une précision telle qu’elles deviennent vite indispensables aux chasseurs de baleines, et des photographies à profusion.

 

Escale rouennaise

Le 4 juin 1910, de retour en France, le « Pourquoi Pas » passe sous le Pont Transbordeur rouennais et en présence de Paul Doumer et de nombreuses personnalités venues l’accueillir, le Commandant retrouve sa femme. Un siècle plus tard, une plaque commémorative au pied du pont Boïedieu était dévoilée devant la petite fille du Commandant et d’une centaine de Rouennais curieux et reconnaissants. Ils apprenaient que pendant la première guerre mondiale, Charcot, le médecin de marine chassait … les sous-marins.

De nombreuses missions scientifiques du navigateur explorateur, seront aussi conduites dans les mers du nord tant aux îles Féroé qu’à Jan Mayen ou en Islande. Au Groenland, il collaborera aux recherches de l’explorateur danois Mikkelsen et en 1934, il y installe la mission ethnographique de Paul-Emile Victor qui doit vivre pendant un an au milieu d’une population eskimo. Mais le 15 septembre 1936, sur le chemin du retour au large de l’Islande, le « Pourquoi Pas ? » pris dans une tempête cyclonique, fait naufrage dans de dramatiques conditions. Il se brise sur les récifs et sombre avec son équipage. Un seul survivant réussira à regagner la côte à la nage. Le corps de Charcot sera retrouvé et enterré au cimetière Montmartre de Paris après des funérailles nationales.