Rares sont les cheminées d’usines encore debout qui témoignent, non pas avec nostalgie du dur labeur des hommes au XIXe siècle, mais de la mémoire de leur travail et de leur ingéniosité et de celles des entreprises ou usines qui ont fait vivre des générations entières de populations d’un village ou d’un bourg. Quelquefois, c’est la présence ou l’installation de ces usines qui ont permis le développement d’une commune. Ces cheminées font partie de l’histoire des lieux, d’une municipalité, des hommes et des femmes. Les détruire sans vraie justification, c’est plonger dans un oubli définitif ce qui nous a précédé, c’est renier ce qui a préparé notre présent, c’est effacer ce que nous ont légué nos parents.

 

 

 

Ainsi à Duclair, de l’ancienne clouterie fondée par le norvégien Mustad, en 1891, il ne reste plus qu’une belle façade en briques et une cheminée en bon état, plus haute que celle de Badin, à Barentin. Ces remarquables restes pourraient être conservés dans tout nouveau projet architectural, mais plusieurs propositions sérieuses d’aménagement ont cependant été refusées par la municipalité de Duclair. Elle veut détruire tout ce qui rappelle cette usine. Et ce malgré l’avis réservé de l’Architecte des Bâtiments de France, une pétition de 400 signatures, et le militantisme éclairé d’une association locale, soutenue par plusieurs autres travaillant sur la protection du patrimoine industriel.

Le coût de la préservation et de l’entretien de cette cheminée coûtera nettement moins cher que sa démolition et de celle de la façade en briques, auxquelles s’ajouteront l’aménagement du terrain libéré, ainsi que la construction d’un nouveau bâtiment qui devra de toute façon être lui aussi en briques, ce site faisant l’objet d’obligations particulières de la part de la Direction Régionale des Affaires Culturelles.

La démolition prévue sera faite discrètement, ce qui montre bien la gêne que cela provoque chez certains responsables impuissants devant l’entêtement du maire.

Constatant qu’en d’autres lieux de notre région, on a su allier aménagement moderne avec sauvegarde du patrimoine industriel, tels les exemples de l’usine La Foudre, à Petit-Quevilly, plusieurs cheminées à Notre-Dame-de-Bondeville ou à Saint-Léger-du-Bourg-Denis, l’association P’tit Pat’ Rouennais ne peut que regretter la disparition de ce qui rappelle l’illustre passé industriel de Duclair. Parlez autour de vous de l’intérêt à garder ce site avec les amoureux du patrimoine ou les élus que vous pourriez rencontrer. Il est encore temps de faire marche arrière la tête haute pour les responsables locaux. Sinon, il sera trop tard et nos larmes alimenteront l’Austreberthe et la Seine, toutes proches.

Dominique

Suite et fin