A une époque où les inventions de toutes sortes se multipliaient, l’une d’elles du 1er septembre 1801, continue aujourd’hui à instruire et ravir petits et grands. Un lieu abstrait venait d’être créé : le musée. Il devait accueillir entre autres, les œuvres des établissements religieux mis à mal en 1789. Au nombre de quinze pour les régions françaises, Rouen était sur la liste des heureuses élues. Gabriel Lemonnier et Charles le Carpentier, tous deux peintres, sont chargés des opérations préliminaires et en 1806 un conservateur est nommé, Jean-Baptiste Descamps qui officiera jusqu’à 1832. Le « Musée de peinture » ouvre ses portes à l’Hôtel de Ville le 4 juillet 1809, exposant déjà 230 toiles. Les origines des œuvres sont diverses, surtout d’origine locale, mais aussi des dépôts réguliers de l’Etat, suite à des saisies ou des prises de guerre. Le 19e siècle sera l’âge d’or du musée qui pourra acquérir des collections d’ensemble ou ponctuelles et recevoir aussi des dons d’artistes. Entreront alors dans les salles, Poussin, Fragonard, Ingres, Géricault, Corot, David d’Angers et bien d’autres. En 1861, 411 œuvres étaient recensées et le constat était sans appel, les locaux étaient désormais trop exigus pour le temple de la peinture du 19e siècle.

Ce fut en fait Charles Verdrel, alors maire, qui grâce à ses grandes opérations d’urbanisme, offrit une belle opportunité. La percée de la rue de l’Hôtel de Ville (notre rue Lecanuet) et la création du jardin Solférino (square Verdrel), dégageront un espace suffisant et fort bien situé. Louis Sauvageot, ancien élève de Viollet le Duc, se voit confier le projet et l’inauguration du musée aura lieu le 12 février 1888.

 

Un patchwork artistique

L’enrichissement des collections devient spectaculaire avec le legs Jules Hédon en 1907 (tableaux des 17e, 18e et 19e siècles), puis deux ans plus tard, la célèbre donation François Depeaux de 52 toiles impressionnistes de Renoir, Sisley… et une « Cathédrale » de Monet. Le musée des Beaux-Arts mérite bien son nom et devient même un haut lieu de l’impressionnisme.

Ce sera ensuite l’importante donation Jacques-Emile Blanche, l’arrivée des « primitifs », puis l’élargissement à la sculpture, au mobilier et aux objets d’art, mais aussi 5000 dessins du 16e au 20e siècle. Une trentaine d’icônes russes et balkaniques rejoindront les collections ainsi que des œuvres données par Mme Marcel Duchamp et de nouveaux dépôts de l’Etat avec Jacques Villon, Dufy et Caillebotte. Le point d’orgue reste à ce jour, l’acquisition de « La flagellation du Christ à la colonne » par Le Caravage et « L’orage » par Poussin.

En définitive, la calme et positive histoire du musée, ne sera entachée que par les dégâts des bombardements d’avril 1944 complètement gommés depuis la rénovation effectuée à l’occasion du centenaire.

Au cœur du musée, le Jardin des Sculptures, havre de paix en plein centre-ville, est devenu un lieu convivial et pédagogique où « Le martyr de Ste Agnès », belle toile lumineuse récemment restaurée et mise en valeur dans un cadre à l’ancienne, illustre parfaitement ce que doit être un musée moderne.