Inauguré le 1er octobre 1905 dans le square Solférino, c’était l’œuvre du sculpteur Alphonse Guilloux et de l’architecte George Bourienne à la gloire de Frédéric et Eustache Bérat.

Le profil des deux frères se détachait très légèrement sur le fond du monument représentant un bloc de rochers. Une branche de pommier à laquelle se balançait paresseusement la lyre de Frédéric et la palette d’Eustache, encadrait les deux silhouettes. Léger et insouciant, comme les chansons du premier et les dessins du second, un filet d’eau vive coulait au pied du rocher. Ce charmant monument disparu pendant trop longtemps du paysage rouennais, devrait être restitué cette année. Une très bonne nouvelle.

 

Les quatre mousquetaires

La fine équipe familiale était menée de main de maître par Frédéric, né le 11 mars 1801 à Rouen. Célèbre chansonnier et compositeur de talent, il occupait pour pouvoir vivre, un emploi modeste à la Compagnie du Gaz. On lui doit l’immortelle « J’irai revoir ma Normandie ». Composée en 1836 dans le chalet du romancier et journaliste Alphonse Karr à Sainte-Adresse pour Loïsa Pujet, elle obtient immédiatement un succès considérable et sera vendue à 45 000 exemplaires lors de sa parution. Bérat qui avait passé son enfance à La Rue-Saint-Pierre, village situé à une quinzaine de kilomètres de Rouen sur la route de Neufchâtel, a également mis en musique « Mimi Pinson » et composé « Les souvenirs de Lisette » en hommage au chansonnier Jean-Pierre Béranger. Le centenaire de son décès survenu à Paris fut célébré le 19 juin 1955 avec un défilé de groupes folkloriques et une exposition au Musée de Peinture, notre Musée des Beaux-Arts.

Eustache, l’aîné de la fratrie, né en 1791 et mort en 1870 demeurait rue St Etienne des Tonneliers. Bien avant notre concept moderne, il était déjà un « multicartes », cumulant des activités de professeur de dessin, d’illustrateur et de chansonnier très populaire. Caricaturiste jovial il a composé des chansonnettes comme « J’ai perdu man coutiau » célèbre dans toute la région normande.

Moins connus mais talentueux, Eugène né en 1804 et mort en 1880 est l’auteur de quelques romances tandis que Théodore né en 1797 et mort en 1881 était comme son petit frère, employé du gaz et poète à ses heures.